La Nuit de Valognes

par

Le Chevalier de Chiffreville

Le Chevalier de Chiffreville est le frère d'Angélique que Don Juan a rencontré par hasard, un soir, dans Valognes. La scène, rapportée par Sganarelle, est une évocation de la celle de la rencontre avec la statue du Commandeur telle qu'on la trouve chez Molière ou dans l'opéra de Mozart : « là... mon maître… une apparition. » ; « Encore ! [...] Et qu'as-tu vu cette fois-ci ? » ; « La statue ! [...] Elle bouge ! » Mais ce n'est pas un mort outragé qui revient de l'au-delà pour réclamer vengeance, ce n'est que le Chevalier : « Vous êtes un homme ? » interroge Don Juan ; « Je ne sais pas » répond le Chevalier. Le drame qui va se jouer entre les deux personnages est tout entier dans cette réponse. Une relation va naître entre le libertin et le jeune officier, mais ce dernier va y mettre fin en rompant avec son ami, s'affichant même avec la plus basse des prostituées pour l'éloigner. Pourquoi ? Parce qu'il aime cet ami justement. Et cet amour, il ne l'accepte pas, car il n'est pas acceptable, selon les canons du temps : « Vous appréciez le sexe, et le destin vous envoie l'amour sous une forme que vous ne pouvez désirer. » Le Chevalier sait que l'amour qu'il éprouve pour Don Juan ne peut être ni vécu ni consommé. Il se voit comme une anomalie, un être raté qu'il faut éliminer : « Il faut abattre les chiens galeux » dit-il de lui-même. Il se donne la mort au cours d'un duel dont sa sœur est le prétexte en se jetant sur l'épée de Don Juan. Il lave ainsi son âme et son honneur, à l'aube, lucide : « C'est très beau, l'aube, comme un mur qu'on nettoie et qui redevient blanc. »

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Dissertation à propos de La Nuit de Valognes