La Nuit de Valognes

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L'amour homosexuel inavoué entre Don Juan et le Chevalier de Chiffreville

Quand un nom propre passe dans le langage courant, c'est que le personnage qui porte ce nom est devenu un mythe. C'est le cas de Don Juan, qui désigne le séducteur par excellence, collectionneur de succès féminins. Il a même donné son nom à un comportement, le donjuanisme, qui caractérise celui qui cherche, à travers les conquêtes féminines sans cesse renouvelées, une réassurance de type narcissique. C'est pourquoi l'approche choisie par Éric-Emmanuel Schmitt dans La Nuit de Valognes est originale. En effet, le Don Juan classique, celui qui est à l'origine du mythe, dont le nom fait même partie du patrimoine lexical, se découvre une attirance homosexuelle pour un autre.

Don Juan rencontre le Chevalier de Chiffreville par, raconte Sganarelle, « une petite soirée paisible, où nous laissions le malheur et les larmes derrière nous. » ; on voit Don Juan dans toute sa plénitude, qui sort du lit d'une femme et qui marche d'un pas décidé vers une nouvelle conquête. Il croise alors la route d'une statue. Don Juan s'approche : « elle me tend la main ». La statue, c'est le Chevalier de Chiffreville qui joue à l'automate. Son premier geste envers Don Juan est une invitation, que celui-ci accepte, malgré les objurgations de Sganarelle : « Ne la touchez pas, il ne faut pas. [...] Elle va vous brûler. » Chez Molière, la statue du Commandeur emmène Don Juan en enfer. Qu'en est-il de celle-ci ? La différence est grande, car si chez Molière Don Juan saisit la main tendue du Commandeur, c'est par défi, sachant pertinemment qu'il s'expose à un danger mortel. Dans La Nuit de Valognes, rien de tel : la main est humaine, et Don Juan accepte...

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