On ne badine pas avec l'amour

par

Camille

Camille a reçu une éducation religieuse, ayant été mise au couvent aux frais de son oncle, le baron. Tout juste âgée de dix-huit ans, Camille est « une fleur de sagesse et de dévotion », une « colombe », « un agneau » sans tâche, ignorante des choses de la vie et méfiante vis-à-vis de l’amour et des hommes en général.

         Cependant, bien que le texte insiste sur sa vertu, on s’aperçoit au fil de la pièce que Camille n’est pas aussi pure qu’elle semble l’être et se révèle une manipulatrice hors pair. Extériorisant sa rancune et sa jalousie, elle parvient à duper Perdican en feignant l’indifférence et la froideur à son égard alors qu’elle devient « rouge de colère » lorsqu’elle voit son promis en compagnie de Rosette. Camille se venge de Perdican, sous couvert d’une action pleine de bons sentiments, en faisant avouer ses sentiments au jeune homme en présence de Rosette. Cette inconstance qui semble caractériser Camille peut être expliquée par les objectifs de la jeune fille.      En effet, pour Camille, le couvent est loin d’être un lieu de formation mais semble plutôt être un asile, un refuge, une fuite du monde et de la souffrance comme elle le confesse à Perdican : « Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir » (II, 5). Le seul amour qui répond à ses attentes est celui qu’elle offre au Christ, mais la venue de la jeune fille au château met en péril cet amour puisqu’alors ses sentiments pour Perdican semblent l’emporter. Elle ne peut, effrayée par les récits de sa compagne Louise et des autres sœurs du couvent, se donner entièrement à cette passion, car elle ne peut ôter de son esprit les tristes aventures comptées au sujet de l’amour qui se ternit au fil du mariage. Camille ne peut se satisfaire de cet amour-là puisqu’elle veut que le sien soit éternel, que toutes les promesses soient tenues, comme l’amour qu’elle ressent pour le Christ.

         L’on se rend bien compte finalement que Camille veut pouvoir faire confiance à Perdican, malgré tous ses doutes et ses craintes, mais pour ce faire, elle a besoin d’être sûre et d’avoir une garantie que leur romance sera sincère. C’est avec honte qu’elle ose avouer à Perdican l’amour qu’elle éprouve pour lui depuis toujours, et elle préfère lui faire croire que ses sentiments appartiennent au passé : « En vérité, je vous ai aimé, Perdican » (II, 5). Elle est sans doute la seule à percevoir le caractère macabre et mortifère de leur passion ainsi que les répercussions que celle-ci pourrait avoir sur Rosette. 

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