On ne badine pas avec l'amour

par

Le Masque et le Sérieux

A. Le masque dans la tradition théâtrale

        

Le masque est un objet de dérision mais également une procédure de vérité, un artifice et un travail sur le moi, une défense de soi. Il est à la fois le symptôme et le remède de la maladie du paraître dont souffrent Camille et Perdican. Il faut faire tomber les masques derrière lesquels les autres se cachent mais il s’agit d’un jeu dangereux comme le dit Perdican dans la scène finale alors que le cri de Rosette vient de retentir : « Il me semble que mes mains sont couvertes de sang. » (III, 8) Pour chaque personnage, le masque a une fonction différente mais tous conduisent à la fin tragique à laquelle on assiste.

         La spécificité d’On ne badine pas avec l’amour repose sur le fait que le jeu des masques, contrairement à la pièce de Marivaux Le Jeu de l’amour et du hasard, ne conduit pas à un dénouement comique, car il ne transforme pas l’amour de soi en rendant les masques inutiles. Au contraire, le dénouement tragique découle de ce maintien des masques jusqu’à la dernière extrémité, interdisant l’abdication de l’orgueil devenu une véritable hubris.

 

                     B. Les masques de Camille et Perdican

        

Camille fait du masque un moyen de protection nécessaire à une femme que la société considère comme objet : il s’agit du masque de la prude, de la coquette et de l’indifférente – le problème étant que Perdican marche dans la combine et prend ce masque pour vrai, se méprenant de ce fait sur ses intentions : « D’ailleurs il est clair qu’elle ne se soucie pas de moi », III, 1. Réciproquement, Camille ne peut comprendre le jeune homme : « Est-ce qu’il m’aimerait par hasard ? » (III, 6). Le spectateur assiste donc à un parallèle comique entre les incertitudes de chaque personnage qui devient tragique dès lors qu’une troisième personne souffre de ce jeu de dupe.

            Perdican revêt le masque de la nostalgie vis-à-vis de l’enfance, de l’apologie de la passion amoureuse. C’est un Don Juan au sens où il fait de la doctrine de l’amour sa seule règle de vie, mais il est contraint par Camille de garder son masque pour Rosette, car il est un homme de parole. Les deux protagonistes ne peuvent se sortir du cercle vicieux de l’orgueil qu’en laissant tomber tous les masques mais leurs sentiments sont opaques : Perdican ne sait s’il est amoureux de Camille – « Je l’aime, cela est sûr […] il est clair que je ne l’aime pas » (III, 1) – ; et Camille est partagée entre l’amour de Dieu et ce qu’elle ressent pour Perdican. 

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