On ne badine pas avec l'amour

par

L’orgueil amoureux

A. L’amour idéal : un jeu avec la vie et la mort

        

Un véritable affrontement entre l’idéal, l’absolu et les contraintes de la vie réelle tient lieu de conscience à Camille, obligée de porter toute une série de masques jusqu’à la scène finale : « Je veux aimer mais je ne veux pas souffrir. Je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas. » (II, 5) En réalité, Camille ne veut pas se protéger de l’amour mais de la souffrance qui l’accompagne. Le seul amour qui peut la combler est l’amour pour le Christ, car lui ne peut la heurter. Le jeu auquel jouent Camille et Perdican est un jeu avec la vie et la mort car il s’agit d’une tyrannie de l’amour propre, une prison de codes sociaux soumis à une autorité suprême. Les sentiments propres de chaque personnage sont plus importants à ses yeux que ceux de l’être aimé et chacun d’eux pense être le seul à souffrir : seul son propre salut importe quoi que l’on fasse subir à autrui, même s’il faut pour cela sacrifier l’innocence.

        

                     B. L’amour contrarié par l’orgueil

        

L’amour est contrarié et incompris : Camille et Perdican s’aiment mais ne parviennent pas à se le dire, par peur ou par désillusion. Camille fait preuve d’une grande sensibilité mais elle la dissimule souvent sous la maîtrise apparente de ses sentiments et sous une indifférence calculée visible dès le début de la pièce : « Mon cousin je vous salue » (I, 2). Elle est d’ailleurs présentée par Dame Pluche sous les traits d’une image pieuse : « Jamais il n’y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain » (I, 1). Son engagement spirituel est profond et sa relation directe avec Dieu fait office de substitut de l’amour. Camille est à la fois effrayée et attirée par l’amour et la vie, mais elle a peur de la passion. Cette vision pessimiste de la vie lui a été inculquée par les religieuses (II, 5) : « Il y a deux cents femmes dans notre couvent, un petit nombre de ces femmes ne connaîtra jamais la vie, et tout le reste attend la mort. Plus d’une parmi elles sont sorties du monastère comme j’en sors aujourd’hui, vierges et pleines d’espérances. Elles sont revenues peu de temps après, vieilles et désolées. »Sa conception de l’amour est idéale et fantasmée, elle ne peut souffrir d’en être détournée, mais son désir d’être aimé l’emporte sur les visions d’horreur relatées par les religieuses.

         Perdican a une sensibilité à fleur de peau qui se remarque par sa nostalgie pour les souvenirs d’enfance : « Voilà donc ma chère vallée ! mes noyers, mes sentiers verts, ma petite fontaine ; voilà mes jours passés encore tout pleins de vie, voilà le monde mystérieux des rêves de mon enfance ! » (I, 4). Pour lui, la passion amoureuse est ce qui permet à un homme de se réaliser pleinement, c’est le lot de l’homme que d’aimer même s’il peut en souffrir : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelque fois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

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