On ne badine pas avec l'amour

par

Les fantoches face à la religion

A. Les fantoches

 

Les personnages comiques sont les animateurs de la pièce, ceux qui font qu’On ne badine pas avec l’amour n’est pas une tragédie. Ces personnages peuvent être qualifiés de fantoches, incapables d’être pris au sérieux, tout en se faisant pour la plupart les prétextes aux critiques de Musset.

         Le baron est un père comme on en trouve dans les comédies, sauf que dans ce cas précis, il n’est pas un obstacle pour son fils mais n’a en revanche aucune autorité sur lui. Il est incapable d’imposer sa volonté en ce qui concerne le mariage entre Perdican et Camille. Son impuissance est à l’origine du comique comme le spectateur peut le voir à la cinquième scène du premier acte : « Tout est perdu ! – Perdu sans ressource – Je suis perdu : Bridaine va de travers, Blazius sent le vin à faire horreur, et mon fils séduit toutes les filles du village en faisant des ricochets. »

         Blazius et Bridaine forment un duo de pédants amateurs de bonne chère. Tous deux sont ecclésiastiques ou du moins ont un lien avec le culte, sont censés être savants et donner l’exemple de l’austérité, mais ne sont que des pique-assiettes : « Tous deux ont pour ventre un tonneau ; non seulement ils sont gloutons, mais ils sont gourmets »(I, 3). Ils sont ridicules et odieux dans leur sempiternelle lutte d’influence auprès du baron.

         Dame Pluche est la caricature même de la vieille fille dévote : « Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que, de ses mains osseuses, elle égratigne son chapelet. » (I, 1) Le spectateur se rend compte très vite qu’il y a un contraste comique entre ses prétentions spirituelles et sa difficulté à maîtriser ses emportements. Ses scrupules moraux sont ridicules à l’excès.

         Le chœur représente les paysans. Il doit susciter le rire ou l’émotion chez le spectateur mais il est aussi commentateur de l’action. Les paysans ne sont pas ridicules mais ils nous font rire des personnages grotesques et pittoresques cités plus haut.

 

                     B. Critique de la religion

        

Musset cherche à dénoncer, à travers ses personnages comiques, dévots ou supposés l’être, l’hypocrisie de la foi s’opposant à la conception idyllique de la foi de Camille, démystifiée par Perdican : les religieuses cultivent par désillusion « le mensonge de l’amour divin » (II, 5). Ces femmes se sont engagées dans la foi par compensation parce que déçues par l’amour humain ; il s’agit bien d’une réaction de dépit car si l’homme qu’elles aimaient apparaissait, elles quitteraient le couvent pour lui. Elles ne vivent plus que pour leur amour enfoui et, ne pouvant plus aimer, elles tentent de convaincre tout le monde de la noirceur de la passion. Camille incarne donc l’austérité et la tristesse du couvent : ce lieu est présenté comme une prison, remplie d’hypocrites qui tentent de mettre fin aux rêves d’une jeune fille, la rendant adulte avant même d’avoir vécu l’âge que Musset considère comme étant plein d’aventures, d’expérimentations, de découvertes.

         Les personnages comiques tels que le curé et le gouverneur incarnent les hommes d’Église qui ont perdu toute foi et profitent de leur ministère pour boire et manger à leur faim, et tantôt rivaliser d’autorité et de prestige auprès du baron. Le spectateur, encouragé par le chœur, se moque d’eux et par là, se moque de la religion ou plutôt de ses serviteurs loufoques et bien éloignés de la bonne conduite qu’ils sont censés incarner. La critique de Musset ne s’adresse certes pas directement à l’institution ecclésiastique tout entière mais seulement à ses membres pervertis.

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