On ne badine pas avec l'amour

par

La société bourgeoise et la nature

A. La nature et la société 

        

La pièce est marquée par une note dominante printanière voire estivale ; elle se déroule dans un cadre bucolique qui laisse place au fil des scènes à un enfermement et un assombrissement, les deux dernières se déroulant à huit clos dans la chambre de Camille, puis dans l’oratoire. L’alternance entre les lieux clos et les espaces extérieurs établit un contrepoint entre l’intimité et la sociabilité, entre le monde des grotesques (intramuros) et celui de l’amour (sous-bois). Le spectateur remarque une harmonie entre les personnages et le fond sur lequel ils évoluent : les fantoches, caractérisés par leur étroitesse d’esprit, jouent aux alentours du château, symbole du pouvoir qu’ils convoitent ou craignent, alors que les amoureux se retrouvent dans le cadre bucolique de leur enfance, des lieux chargés de souvenirs.

         En effet, le spectateur découvre au fil de la pièce que les alentours du château étaient le lieu des premiers émois amoureux de Camille et Perdican. Ce cadre bucolique est donc propice au développement de leur premier amour, il semble donc naturel qu’il le redevienne à leur retour. Cette nature donne le sentiment d’une renaissance : il leur est possible de dépasser l’opposition des sexes et de leurs orgueils. Lorsque Perdican se promène avec Rosette, la nature devient le lieu de l’ingénuité et de l’innocence où la différence de classes ne semble plus sévir : Rosette – « Parlons du temps qu’il fait, de ces fleurs que voilà, de vos chevaux et de mes bonnets. » (II, 3)

 

                     B. La nature comme lieu d’échange

 

Pas moins de neuf scènes sur quatorze se déroulent en extérieur, devant le château ou bien dans la campagne proche : le décor naturel est en soi un acteur puisqu’il est témoin de l’action et quelque peu complice de son évolution.

         L’action évolue avec le dialogue : il n’y a pas moins de sept entretiens entre Perdican et Camille. D’ailleurs cette dernière dit à la seconde scène de l’acte II : « J’aime la discussion ». Ces dialogues organisent et modifient les rapports entre les personnages mais il faut garder à l’esprit que les sentiments réels que partagent les deux protagonistes demeurent des non-dits jusqu’à la dernière scène de la pièce. Les paroles dites ne sont que des mensonges, des masques, des sentiments feints. Ce n’est finalement que par les silences entre deux entretiens que l’action avance. Le jeu dramatique repose donc sur la tension entre secret, ruse et aveu, alors que la nature, elle immuable, pure, se fait le témoin et le rappel d’une innocence quelque peu oubliée, et permet le contraste, tout comme Rosette, restée toujours proche de ces origines-là.

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