Une saison blanche et sèche

par

Jonathan Ngubene

Jonathan est l’aîné des fils de Gordon etEmily. C’est au départ un gentil garçon, bien élevé et qui semble promis à unavenir positif. L’enfant est un bon élève, aussi ses parents aimeraient-t-ilsle voir poursuivre des études. Malheureusement, ils n’ont pas les moyens de lesfinancer. C’est Ben du Toit qui offre de financer les études de Jonathan, quise montre un élève méritant et obtient de bons résultats la première année.Hélas, en avançant en âge, il semble perdre tout intérêt pour les études etcommence à traîner avec une bande de chenapans. Il est impliqué dans unebagarre dans un bar. Il a beau clamer son innocence, les autorités nel’écoutent pas et Jonathan est condamné à recevoir six coups de fouet, qui leblessent cruellement physiquement mais aussi moralement : la cicatrice del’affront ne s’effacera jamais. Cet épisode marque le basculement du jeunehomme dans le camp des révoltés, comme l’explique son père à Ben du Toit :« Baas, le jour où ils l’ont fouetté, vous avez dit aussi que nous nepouvions rien faire. Nous pouvions pas guérir ses fesses, mais si nous avionsfait quelque chose ce jour-là, si quelqu’un il avait entendu ce que nous avionsà dire, peut-être que Jonathan il aurait pas nourri la folie et le meurtre sansson cœur. »

Jonathan reprend les études quelque temps,mais, comme des milliers de jeunes gens, il prend part aux émeutes de Soweto enjuin 1976 et disparaît du jour au lendemain. Il est embarqué par la policeaprès la fusillade, et certains le voient à John Vorster square, le quartiergénéral de la police à Johannesburg. Ses parents, aidés de Ben, essayent de letrouver par tous les moyens légaux. Ils se heurtent à une fin de non-recevoirde la part des autorités et ignorent tout du sort du jeune homme. En fait, lemalheureux vit un calvaire : avec les autres détenus, Jonathan est nu.Chaque jour, il est interrogé par la police et torturé. Un codétenu, WellingtonPhetla, se confie à Gordon : un jour, Wellington entend que l’on interrogeJonathan dans un bureau voisin. Il y a des cris, des coups, et puis plus rien« qu’un gémissement sourd, bientôt suivi par le silence. » C’est à cemoment que Jonathan a été transporté à l’hôpital. Où décède-t-il ?Probablement à l’hôpital. D’après les autorités, il est mort « de causesnaturelles ». Il est enterré à la sauvette, et le simple fait de vouloirrécupérer son corps va entraîner l’arrestation et la mort de son père.

Jonathan incarne ces prisonniers qui sontmorts pendant ou à la suite d’interrogatoires qui étaient en fait des séancesde torture dans les locaux de la police à John Vorster Square. La mort deJonathan est la transposition réaliste et plausible des décès de détenus commeElmon Malale (décédé en janvier 1977 d’une hémorragie cérébrale suite à unechute, après une séance de torture). La dernière mort suspecte d’un détenu dansles locaux de la Direction de la sécurité fut celle de Clayton Sithole, le 30janvier 1990, onze jours avant la libération de Nelson Mandela. Il avait vingtans.

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