Une saison blanche et sèche

par

Le capitaine F. Stolz

Après l’arrestation de Gordon, Ben du Toit se rend au quartier général de la police pour avoir « une brève conversation pour effacer un simple malentendu » avec le colonel Viljoen. Stolz assiste à l’entretien, sans jamais intervenir. Grand et mince, le visage marqué d’une cicatrice, silencieux, tel est cet officier glacial. Malgré son silence, le lecteur comprend qu’il est au cœur du système répressif consubstantiel à l’apartheid.

Dans le roman, Stolz a deux attitudes. Quand il a affaire à un Afrikaner, donc un Blanc, il se montre d’une inaltérable courtoisie, ce qui ne l’empêche nullement de glisser dans l’échange des menaces à peine voilées. Rompu aux techniques d’entretien, il oppose à Ben du Toit un impénétrable mur, inversant les rôles et présentant la police dont il est membre comme le rempart contre la tyrannie. Et c’est bien ainsi que les Afrikaners voient leur police : un rempart qui protège l’ordre établi contre les communistes, incarnés par le Congrès National Africain et son leader Nelson Mandela qui est, en 1977, en prison depuis quinze ans, et contre le Mouvement de conscience noire, dirigé par Steve Biko. Quand Stolz mène une perquisition chez Ben du Toit, il s’adresse non sans galanterie à son épouse Susan, et avec une politesse glacée à Ben. Enfin, il vient voir Ben du Toit une dernière fois avant d’utiliser son arme la plus blessante : la photo compromettante de Ben et Melanie Bruwer. Convaincre le Blanc récalcitrant que le vrai camp, celui des gens de bien, est celui des Afrikaners, telle est la mission de Stolz.

L’autre visage de Stolz, c’est celui qu’il présente aux Noirs. Avec eux, aucune courtoisie n’est requise et Stolz n’hésite pas à faire preuve de la plus grande brutalité. C’est lui qui, avec ses hommes, est venu arrêter Gordon Ngubene à son domicile en pleine nuit et l’a interrogé et même torturé dans les locaux de la police. La mort d’un suspect au cours d’un interrogatoire le laisse de marbre. De toute façon, il est protégé par le système judiciaire qui couvrira ses fautes.

Sous sa courtoisie de façade, le capitaine Stolz est une brute au service d’une idéologie moralement indéfendable. Il n’hésite pas à utiliser la force directe avec les Noirs, et la persuasion perverse avec les Blancs : il tisse autour de Ben du Toit un réseau qui enserre le paisible professeur. Les méthodes utilisées sont insidieuses, car il faut préserver les apparences, mais Stolz n’hésite pas à mettre le téléphone de Ben du Toit sur écoute, à faire ouvrir son courrier, sans omettre de faire en sorte que son suspect se rende compte qu’il est étroitement surveillé. Vient le moment où Stolz a recours à un procédé autrement dangereux que des appels anonymes nocturnes : une bombe est envoyée au domicile de Ben du Toit. Enfin, l’accident dont Ben est victime n’en est évidemment pas un : c’est un assassinat.

Stolz incarne la police d’État dans un État non démocratique. Froid, efficace, sans états d’âme, il est le bras armé de la tyrannie. 

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