Une saison blanche et sèche

par

Stanley Makhaya

C’est un homme très grand, massif, qui portedes vêtements aux couleurs vives et dont le regard est souvent caché derrièreles verres fumés de ses lunettes. Il exerce le métier de taxi clandestin, maissa grosse Dodge sert probablement à d’autres trafics encore moins honnêtes,notamment la contrebande. Ce personnage fait le lien entre deux mondes :celui de la banlieue calme où vit Ben, d’une part, et celui de Soweto d’autrepart. Il apparaît dans la vie de Ben du Toit, puis disparaît, puis réapparaît,à sa guise. Il ne semble obéir qu’à seule volonté, mais ce serait une erreur decroire cela.

Le rire tonitruant de ce personnage massifcache une grande douleur et une grande amertume. Contrairement à Ben du Toit audébut du roman, Stanley a appris dans sa chair qu’il n’est, comme tous lesNoirs d’Afrique du Sud, qu’un citoyen de seconde zone. Il en a eu la preuvequand le patron de sa petite amie a surgi dans leur chambre et les a battuscomme plâtre. Il explique à Ben : « Lanie, cette nuit-là, j’aicompris quelque chose que je n’avais jamais compris. Je n’étais pas mon propremaître. Ma vie appartenait à mon baas blanc. »

Comme les autres membres de la communauténoire, il ne fraye pas avec les membres de la communauté blanche. Cependant,l’évidente bonne foi de Ben du Toit pousse Stanley à vaincre ses réticencesvis-à-vis du professeur blanc, ainsi que le fait que l’un et l’autre ont grandià la campagne, et partagent donc l’expérience de la ruralité qui atténue lesdifférences entre les races. Pourtant, il persiste à l’appeler« lanie », homme blanc, terme qui est pour Ben « comme unepetite balle d’argile qui vous frapperait avec méchanceté entre les deuxyeux. » Le lecteur se tromperait en voyant dans la relation entre Stanleyet Ben une fraternelle histoire d’amitié : certaines barrières demeurentdressées entre eux. Cependant, Stanley Makhaya fait découvrir à Ben du Toit laréalité des conditions de vie des habitants de Soweto : une misèreprofonde dans des conditions d’hygiène déplorables, la violence, mais aussi unegrande fraternité au sein de la communauté.

Ben du Toit en vient, comme tous les gens quile croisent, à beaucoup compter sur Stanley Makhaya pour l’aider, dans son cas,à faire avancer les recherches sur la disparition puis la mort de GordonNgubene. De fait, Stanley retrouve des témoins, obtient leur déposition. Au fildu temps, un lien se tisse entre les deux hommes que tout sépare, et ils enviennent à s’estimer. Lors de la dernière rencontre entre Ben du Toit etStanley Makhaya, ce dernier évoque un avenir qui, à ce moment de l’Histoire,est utopique : « Nous sortirons en plein jour, vieux. Nous marcheronsdans les rues, gauche, droite, ensemble. Bras dessus, bras dessous. » Maismême un débrouillard comme Stanley est en danger, et lui aussi vit sous lamenace de la police. À la fin du roman, les mailles du filet se resserrent surStanley qui doit fuir pour le Swaziland.

Le personnage de Stanley incarne une frange dela communauté noire d’Afrique du Sud qui compose avec la réalité : lesystème est injuste, mais Stanley en exploite jusqu’aux plus petites faillesafin de rendre son quotidien plus supportable. Il a éprouvé physiquement soninfériorité sociale et sait qu’entrer en révolte ouverte contre le système nelui attirera que des ennuis. Alors il vit de petits trafics et porte le masqued’un joyeux fêtard, alors qu’il est ulcéré par la situation de sa communauté.Un homme comme Ben du Toit l’étonne, car il n’a jamais rencontré auparavant unetelle bonne volonté, teintée d’une bonne dose de naïveté, chez un homme blanc. 

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