Bel Ami

par

Clotilde de Marelle

Elle est une amie intime de Madeleine Forestier. Mariée à un homme bien plus âgé qu’elle qui est absent la plupart du temps, mère de la sérieuse Laurine, cette pétillante jeune femme est riche, oisive, et prête à vivre l’amour.

Elle devient la maîtresse de Georges Duroy peu de temps après leur rencontre. Elle va le visiter dans son misérable logement, où elle est insultée par les voisins qui la traitent de cocotte. Puis elle loue, à ses frais, un petit appartement qui abrite ses amours avec le jeune rédacteur de La Vie française. Elle finit par découvrir que son amant est sans le sou : alors elle lui glisse des louis d’or dans la poche, afin de lui permettre de l’emmener au dehors, le soir.

En effet, cette délicate jeune femme a un certain goût pour la canaille : elle entraîne Duroy dans des restaurants de bas étage, des estaminets louches, elle aime que sa jupe élégante frôle les blouses d’ouvrier. Elle s’assied « sans embarras et sans dégoût en face de la table vernie par la graisse des nourritures, lavées par les boissons répandues et torchées d’un coup de serviette par le garçon ». La bourgeoise délicate frissonne de plaisir à l’idée que son amant pourrait se battre pour elle avec un prolétaire.

D’un côté, Maupassant peint en Clotilde le portrait d’une capricieuse enfant gâtée qui s’offre un plaisir coupable : une liaison extraconjugale. Elle paye pour l’appartement, pour les sorties… Elle traite Georges comme un homme traiterait une maîtresse entretenue. D’un autre côté, elle pardonne tout à Georges : d’abord sa liaison avec la prostituée Rachel, puis son mariage avec Madeleine, et encore sa relation avec cette femme plus âgée qu’elle, Mme Walter. Elle est certes écervelée, puisque parfois l’évidence lui échappe : elle ne voit pas à quel point Georges est sans le sou, bien qu’elle le visite dans son pauvre logis. Mais n’est-ce pas aussi l’effet du magnétisme que Georges exerce sur elle ? Elle lui passe tout, même l’impardonnable : au cours de leur pire dispute, Duroy s’abaisse à la battre, violemment, « comme s’il tapait sur un homme ». Il ne se contente pas de la gifler, ce qui serait déjà grave, mais la bat comme plâtre. Et pourtant leur liaison reprendra, après le mariage de Duroy et de Suzanne Walter. C’est Clotilde qui occupe la pensée du jeune marié quand, sa jeune épousée au bras, il sort de l’église, au grand soleil.

Cependant, Clotilde de Marelle est, avec Rachel la prostituée, la seule qui ose dit son fait à Bel-Ami et le juge comme ce qu’il est, un arriviste sans scrupule. Avant qu’il ne la batte, elle lui jette à la face : « Tu trompes tout le monde, tu exploites tout le monde, tu prends du plaisir et de l’argent partout, et tu veux que je te traite comme un honnête homme ? » Le lecteur aurait tort de ne voir en Clotilde qu’une frivole écervelée. On peut aussi voir en elle une femme libre, qui fait ce qu’elle entend de sa vie et de son corps, au mépris des conventions. Elle veut s’offrir ce beau moustachu dont toutes les femmes sont folles ? Elle le fait. Comme un homme s’offrirait une danseuse. Et elle gagne là un privilège, douteux mais réel : elle est la seule femme que Duroy conserve dans sa vie, sinon dans son cœur. 

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