La Bête Humaine

par

Jacques Lantier

Né à Plassans, il est le deuxième fils deGervaise Macquart, personnage central de L’Assommoir, et d’Auguste Lantier. Il est lefrère d’illustres protagonistes de l’histoire de la littératurefrançaise : Nana (Nana), Étienne (Germinal) et Claude (L’Œuvre).Ses parents ont quitté la Provence pour Paris et l’ont laissé à la garde de samarraine Phasie. Il a vingt-six ans quand commence l’action de La Bête humaine.

Garçon intelligent, il a suivi les cours del’école des Arts et Métiers pour devenir mécanicien sur locomotive, métierdangereux, difficile, prestigieux. Il est beau garçon, au visage rond etrégulier et aux mâchoires « trop fortes », noir de cheveux, brun demoustaches, le teint pâle, il est délicat et élégant, aime à se tenir trèspropre, et ne porte pas les habituelles traces de saleté de son métier. Il estsérieux, estimé de ses chefs, et mène une vie monacale : il ne boit pas,il n’entretient pas de maîtresse. Mais ce modèle de vertu cache un lourdsecret : il brûle du désir de tuer une femme. Quand il désire une femme ouqu’une femme l’approche, le désir se mue en folie homicide. Ainsi, il passe àdeux doigts d’assassiner Flore, la fille de Phasie, quand la jeune filles’offre à lui.

« Tuer une femme, tuer une femme !cela sonnait à ses oreilles du fond de sa jeunesse, avec la fièvregrandissante, affolante, du désir. » D’où lui vient cette folie qui voileparfois son regard d’une fumée rousse qui annonce la crise ? Issu d’unelongue lignée d’alcooliques, « Il en venait à penser qu’il payait pour lesautres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognesdont il était le sang gâté ». Quand il sent monter la crise, il fuit,loin, et marche des heures durant. Jacques a donc deux faces : il est d’uncôté un garçon brillant, un mécanicien sérieux et estimé de ses chefs, lefilleul aimé de tante Phasie, l’homme doux dont les manières séduisent Séverine :« sa douceur, son obéissance à ne pas égarer ses mains sur elle, dès qu’illes prenait simplement entre les siennes ». Et de l’autre côté, l’animal,la bête.

Ses seuls moments de répit, il les connaît auxcommandes de la Lison, sa locomotive chérie : « Quand ellel’emportait dans la trépidation de ses roues, à grande vitesse, […] il nepensait plus, il respirait largement l’air pur qui soufflait toujours entempête. » Il aime cette machine d’amour, comme on aime une femme, et lapossède comme une amante : « il la possédait, la chevauchait à saguise, avec l’absolue volonté du maître ». Là seulement Jacques est enpaix.

Le hasard l’a rendu témoin du meurtre duprésident Grandmorin, et c’est à ce titre que l’instruction va le rapprocher ducouple Roubaud. Il acquiert très vite la certitude que Roubaud est l’assassinmais ne dit rien : une idylle se noue avec Séverine, qui tourne vite enpassion. Et pour la première fois de sa vie, Jacques connaît intimement unefemme sans éprouver son habituel frisson de mort. Dans les bras de Séverine, ilse croit guéri. Hélas, les confidences de la jeune femme soufflent sur labraise du mal, et l’incendie de la folie homicide ravage à nouveau l’esprit deJacques. Il évite de voir Séverine nue, puis tente de transposer son désir demeurtre sur Roubaud, mais ne parvient pas à passer à l’acte. Après lacatastrophe de la Croix-de-Maufras, le couple décide de tuer l’encombrant mariet de fuir en Amérique. Le coup est parfaitement préparé et le sous-chef degare doit tomber sous la lame de Jacques. Mais c’est finalement Séverine, lafemme qu’il aime, qu’il tue, d’un coup de couteau à la gorge. Apaisée,satisfaite, la bête s’endort enfin. Jacques assiste tranquillement au procès deRoubaud et Cabuche, témoigne sans frémir, et laisse condamner l’innocentcarrier sans remords. Il entame une liaison avec Philomène, la maîtresse de sonchauffeur Pecqueux. Cependant, la bête ne tarde pas à se réveiller et Jacques renoueavec ses tourments. Il ne sera débarrassé de cette souffrance que dans lamort : alors qu’il conduit un train de soldats qui monte vers le front, ilse bat avec Pecqueux et tombe sous les roues de la machine.

Jacques Lantier occupe une place particulièredans la littérature française. En effet, pour la première fois, les agissementsd’un tueur psychopathe sont décrits de façon scientifique, réaliste. L’écrivainnaturaliste qu’est Zola n’encombre pas son récit de considérations morales oureligieuses. Jamais il ne juge son personnage, et il ne l’excuse pas non plus :il décrit et tente d’expliquer. L’animalité règne, il n’y a pas de place pourla rédemption. La pulsion sexuelle qui pousse Jacques au crime, l’exutoire àcette pulsion qu’il trouve aux commandes de la Lison, voilà qui annonce lesthéories de Freud que Zola conçoit d’instinct, sans les mettre en forme. À cetitre, Jacques Lantier est décidément un des plus originaux mais aussi des plussombres personnages dans l’arbre généalogique des Rougon-Macquart. 

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