La Bête Humaine

par

Résumé

Roubaud est un homme heureux. Sous-chef de gare au Havre, sa carrière à la Compagnie de l’Ouest a évolué en sa faveur. Pas vraiment intelligent mais droit et travailleur, il a commencé comme homme d’équipe puis gravi les échelons jusqu’à cette place enviable. Son ascension, il la doit à la protection d’un haut personnage, administrateur de la compagnie, le président Grandmorin dont il a épousé la filleule – et Grandmorin a le bras long.

Le couple se trouve à Paris car Roubaud a été appelé par ses chefs à la suite d’une affaire mineure. Séverine en a profité pour faire des emplettes, et elle a même acheté à son mari un beau couteau. Malheureusement, un moment de tendre intimité entre eux tourne au drame quand Séverine laisse échapper que sa bague, dont Roubaud croit qu’elle lui a été offerte par sa mère, est en fait un cadeau de son puissant parrain. Un affreux soupçon s’insinue dans l’esprit de Roubaud, qui se met à battre Sandrine comme plâtre, et celle-ci fini par avouer que Grandmorin a abusé d’elle quand elle était jeune. Humilié, il décide de tuer le coupable. Il force Séverine à devenir sa complice : ils vont se faire justice dans le train du retour au Havre, après y avoir attiré Grandmorin.

Pendant ce temps, un autre cheminot, mécanicien celui-là, rend visite à sa tante, garde-barrière près de la Croix de Maufras, où se trouve une propriété du président Grandmorin. C’est Jacques Lantier, un bel homme de vingt-six ans dont la locomotive, la Lison, est en panne non loin de là. Sa tante Phasie s’est mariée avec Misard, pour son malheur, pense-t-elle. En effet, elle dépérit, et elle est persuadée que la faute en incombe à son mari qui, dit-elle, l’empoisonne. Elle a une fille, Flore, grande vierge forte comme un homme qui voue à Jacques une admiration muette. Le jeune mécanicien partage le repas de la famille dans la petite maison secouée par les trains qui passent à quelques mètres. Puis Jacques va faire quelques pas, bientôt rejoint par Flore. Il lui prend les mains, elle lui cède, quand le désir de Jacques se mue en une soudaine fureur : il jette la jeune fille à terre, s’empare d’une paire de ciseaux et s’apprête à la tuer. Il parvient à se maîtriser et s’en va le long de la voie ferrée. Jacques a un terrible secret : il s’éloigne des femmes de peur de céder à cette rage subite qui l’envahit à leur contact et le pousserait au crime. Il marche et regarde un train passer : quelle n’est pas sa stupeur quand il voit, en un quart de seconde, un homme dans un compartiment en égorger un autre ! Quelques minutes plus tard, on retrouve un corps le long du ballast : c’est celui de Grandmorin.

Quand l’enquête commence, Roubaud et Séverine témoignent avoir voyagé par le même train que le président, mais dans des compartiments séparés. Le témoignage surprise et spontané de Jacques les inquiète, car il a vu quelque chose ! Il s’apprête à tout dire, quand un regard de Séverine l’invite au silence, et il déclare être incapable de reconnaître l’assassin. C’est M. Denizet, juge d’instruction à Rouen, qui est chargé de cette délicate affaire – délicate car elle pourrait bien prendre une tournure politique. Après tout, Roubaud est connu pour ses idées progressistes, et sa femme devrait recevoir la maison de la Croix-de-Maufras en héritage, et puis les gens commencent à parler, à dire qu’il se passait d’étranges choses à la Croix-de-Maufras quand le président Grandmorin y séjournait. Mais on tient un coupable idéal en Cabuche, un carrier qui habite la forêt non loin de la maison de la tante Phasie. Il a menacé de saigner le président après la mort de son amie Louisette, adolescente décédée après avoir été violentée par Grandmorin.

Le juge Denizet doute de la culpabilité de Cabuche, mais le procès susciterait des révélations fort embarrassantes pour la réputation de Grandmorin, et l’opposition en profiterait pour tirer à boulets rouges sur le gouvernement de l’empereur, dont le président était un familier. L’affaire est donc éteinte, au grand soulagement de Séverine et de Roubaud.

Ces derniers se sont rapprochés de Jacques, qui est devenu un visiteur régulier de leur petit logis. Au fil du temps, une grande indifférence, qui se mue bientôt en hostilité, apparaît dans le couple. Dans le même temps, Séverine et Jacques entament une liaison qui de tendre devient passionnée. Avec Séverine, Jacques ne ressent plus ses pulsions meurtrières et se pense sauvé. Quant à Roubaud, il s’est découvert la passion du jeu et dilapide son salaire. Séverine se rend régulièrement à Paris par le train conduit par Jacques. Un jour d’hiver, le convoi est bloqué par la neige non loin de la Croix-de-Maufras. Les passagers sont contraints de descendre et se réfugient chez la tante Phasie, dont la santé s’est encore dégradée. La grande Flore découvre alors l’amour que vivent Jacques et la frêle Séverine.

Quelque temps plus tard, Séverine se confie à son amant et lui avoue tout : sa jeunesse, les actes de Grandmorin, et le meurtre dans le train. Ce qu’elle ne peut imaginer, c’est que le récit de cet acte va réveiller en Jacques la bête qui sommeillait, et exciter en lui le désir de tuer une femme. Elle lui dit aussi à quel point elle hait son mari aujourd’hui. Ah, s’il disparaissait ! L’idée prend forme, grandit : Roubaud mort, rien ne les empêcherait de partir au loin et de commencer une nouvelle vie. Séverine va jusqu’à donner à Jacques le couteau qui a tué Grandmorin pour qu’il assassine son mari. Mais au dernier moment, une nouvelle fois, Jacques recule : il ne se sent pas le droit de tuer cet homme-là.

La tante Phasie a fini par mourir, empoisonnée par Misard, son mari. Le voilà tranquille pour chercher les mille francs du petit héritage, et il se met immédiatement à leur recherche. C’est l’occasion qu’attend Flore pour mettre en œuvre son terrible projet : tuer Jacques et Séverine, celle qui le lui a volé. Profitant de la naïveté de Cabuche, elle bloque la voie au passage de l’express conduit par le cheminot avec un fardier chargé d’énormes pierres que conduit ce garçon un peu simple. Le convoi, lancé à pleine vitesse, s’écrase sur l’obstacle, et c’est une épouvantable catastrophe, un assourdissant concert de cris d’agonie, tandis que la Lison, la locomotive, s’éteint dans un gémissement de tôles brûlantes et tordues et de sifflements de vapeur. Et tout cela en vain : Séverine est sauve et Jacques n’est que blessé.

Jacques a vu Flore mener le fardier sur le passage ; elle lui fait désormais horreur. Celle-ci, ayant manqué son but, marche au-devant de la mort en se laissant happer par un train sous le tunnel voisin. Jacques est transporté dans la demeure de la Croix-de-Maufras. Durant sa convalescence, il pourrait profiter de l’amour qui l’unit à Séverine, mais le terrible mal qui le ronge, cette folie homicide qui l’a peu à peu repris le pousse à commettre l’irréparable : il tue sa maîtresse dans un accès dément, et cet acte odieux lui procure une joie sans mélange. Un hasard malheureux fait que Cabuche apparaît à ce moment-là, et c’est lui qui sera accusé.

Trois mois ont passé. Les choses semblent rentrées dans l’ordre. Cabuche a été condamné, et Jacques a repris son service avec Pecqueux, son chauffeur, sur une nouvelle locomotive. Mais le mal homicide le ronge encore.

Un soir, les deux hommes doivent conduire un train bondé de soldats qui partent pour le Rhin : l’empire est en guerre. Le convoi est lancé à pleine vitesse quand les deux hommes se querellent, en viennent aux mains puis tombent sous les roues de la locomotive. Le convoi continue alors à rouler seul, comme une bête déchaînée, entraînant vers la mort des dizaines d’hommes ivres qui beuglent des refrains guerriers.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >