La Bête Humaine

par

Séverine Roubaud

Séverine Aubry est la fille du jardinier duprésident Grandmorin. À la mort du père, le notable, qui est le parrain de lafillette, la fait élever comme sa propre fille. Cette générosité estintéressée : il aime les très jeunes filles et utilise Séverine commeobjet de ses « désirs honteux », habitude qu’il poursuit après lemariage de la jeune femme avec l’honnête Roubaud, qu’elle n’aime pas. Ellen’éprouve pour ce dernier, au mieux, qu’une « affection filiale oùl’amante ne s’éveillait point. »

Au début du roman, elle a vingt-cinq ans, elleest « grande, mince, les traits souples », « la bouche forteéclairée de dents admirables », dotée d’un charme certain, rehaussé parl’ « étrangeté de ses larges yeux bleus, sous son épaisse chevelurenoire. » C’est par un simple lapsus qu’elle révèle à son mari son passéavec Grandmorin. Elle, qui est une victime, est alors insultée, battue :en ce temps-là, la femme est systématiquement jugée coupable. Elle révèle toutà Roubaud, lui donne en toute franchise de sordides détails qui alimententl’incendie qui ravage le mari jaloux. Elle est forcée d’être la complice dumeurtre de Grandmorin et y participe activement. Quand Jacques, qui est certainde la culpabilité du couple, est introduit dans le ménage par Roubaud, elletombe sous le charme de sa douceur, de sa délicatesse. Elle s’offre à lui et lelecteur assiste alors à la naissance de l’amante passionnée, absolue, qui faitoublier la femme à la chair glacée qu’elle était. Malheureusement, elle finitpar tout avouer à son amant : les violences de Grandmorin – qui laissentJacques indifférent –, mais surtout le meurtre et tous ses détails. Séverinecommet alors une erreur capitale : elle réveille la bête qui sommeillaiten Jacques. Le tableau qu’offrent les amants devient étrange : ils rêventun avenir d’amour, un départ pour l’Amérique et une nouvelle vie ; maisdans le même temps, Jacques s’éloigne de la femme qu’il aime, partagé entre sonamour et le désir homicide qui l’habite.

Après la catastrophe ferroviaire de laCroix-de-Maufras, Séverine pousse Jacques à passer à l’acte et à assassinerRoubaud : elle met au point toute une mise en scène, et elle estévidemment stupéfaite quand c’est elle que Jacques assassine à l’aide du mêmecouteau qui a tué Grandmorin. Elle est la victime de la bête qui domineJacques.

On peut voir Séverine comme une femmemanipulatrice, prête à tout pour parvenir à ses fins : elle convainc M.Camy-Lamotte, supérieur du juge Denizet, de ne pas utiliser une pièce dudossier la compromettant ; puis elle use de ses charmes pour obtenir lesilence de Jacques ; elle séduit l’innocent Cabuche, ainsi que l’employéHenri Dauvergne, qu’elle soigne après la catastrophe. Mais il paraît clairqu’elle n’éprouve guère de plaisir à user de son pouvoir de séduction. Elle esten premier lieu l’innocente victime d’un homme puissant et à ce titre sûr deson impunité, le président Grandmorin qui a volé l’innocence et la jeunessed’une fille à peine pubère. Puis, mariée à un homme plus âgé et qu’elle n’aimepas, elle est battue et insultée à cause des actes dont elle a été victime.Enfin, elle est tuée gratuitement par celui-là même en qui elle plaçait tousses espoirs. Séverine prend place dans la fresque des femmes peintes par Zolatout au long des Rougon-Macquart en tant que victimes d’une société oùelles n’étaient que des personnages de second rang, battues par les hommes,objets sexuels, n’ayant pour seules armes que leur volonté et leur charme. 

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