La Bête Humaine

par

Roubaud

Le lecteur ne connaît pas le prénom de Roubaud, sous-chef de gare au Havre, presque quarante ans, né à Plassans. Ce travailleur ponctuel et sérieux a gravi les échelons de la hiérarchie de la Compagnie de l’Ouest avant d’atteindre sa position actuelle. Il a admiré de loin la filleule du président Grandmorin, Séverine, avant de pouvoir l’épouser. Le président Grandmorin l’a dotée et accorde sa protection à Roubaud qui en a besoin car on le soupçonne d’être républicain. C’est un homme fou de sa femme que l’on rencontre dans les premières pages du roman. Pourtant, un trait physique le définit déjà : « Ses sourcils se rejoignaient, embroussaillant son front de la barre des jaloux. »

Quand un lapsus de Séverine lui apprend que sa femme a été la maîtresse non consentante de Grandmorin, il se jette sur elle et la bat comme plâtre. Tout de suite naît le projet de vengeance, l’assassinat du notable, le soir même. Il oblige Séverine à l’aider et en fait sa complice : il frappe Grandmorin d’un coup de couteau à la gorge tandis qu’elle immobilise la victime en pesant sur ses jambes. Habile, il dévalise le cadavre pour faire croire à un vol. Interrogé par la justice, il ne se démonte pas, malgré les soupçons que l’héritage de la maison de la Croix-de-Maufras fait peser sur le couple. Seul Jacques a la certitude de la culpabilité des Roubaud. Aussi le sous-chef de gare initie-t-il une relation amicale avec le mécanicien qu’il invite chez lui : il ne soupçonne que pas ce faisant il introduit le futur amant de sa femme sous son toit.

La vengeance meurtrière n’a pas apporté la quiétude au couple : tandis que Séverine s’achemine vers l’adultère, Roubaud s’enferme dans son service à la gare, puis fréquente un café où l’on joue aux cartes ; bientôt, il y passe ses nuits. Il a épaissi, il semble indifférent à tout, à part au jeu. Il perd aux cartes et pour honorer ses dettes doit puiser dans l’argent volé à Grandmorin, ce qu’il s’était juré de ne jamais faire. Quant au couple, il est à la dérive : l’amour fou des premières pages du roman a disparu, tandis que la gangrène morale ronge Roubaud : assassin, puis voleur, il ferme maintenant les yeux sur l’infidélité de sa femme. Il ne se rend pas compte que cette dernière et son amant ont prévu de le tuer, et c’est sans méfiance qu’il se rend à la maison de la Croix-de-Maufras, après la catastrophe ferroviaire. C’est là qu’il trouve Cabuche couvert de sang tenant le cadavre de Séverine dans ses bras. Le juge Denizet rouvre le dossier du meurtre de Grandmorin et fait arrêter Roubaud. Celui-ci, totalement indifférent à son propre sort, fait des aveux complets, qui ne convainquent pas le magistrat, persuadé que Cabuche et Roubaud sont complices depuis le début. Alors Roubaud hausse les épaules, se mure dans le silence et se laisse condamner aux travaux forcés.

Au fil des pages, le lecteur assiste à la déchéance du personnage : il a suffit d’un grain de sable bloquant la mécanique heureuse de cette âme simple pour que la machine se grippe : l’employé modèle, le mari aimant, le brave homme, tout cela disparaît. Roubaud est lentement rongé par un mal qui, après le meurtre, annihile toute volonté et toute énergie. Une fois la vengeance accomplie, Roubaud n’est plus que l’ombre de lui-même et sombre lentement. 

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