La Conquête de Plassans

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Une œuvre politique

La Conquête dePlassans décrit les manœuvresque l’Empire déploie afin de gagner des représentants au Corps législatifplutôt que de se soumettre loyalement au suffrage universel. En outre, l’actionse déroule en Provence, où la situation était particulière en 1858. Quand Louis-NapoléonBonaparte fait son coup d’État le 2 décembre 1851, il rencontre peu derésistance et reçoit assez vite un certain soutien populaire : la DeuxièmeRépublique avait déçu. Cependant, certains mouvements républicains loyalistesapparaissent et doivent être réprimés durement. C’est le cas en Provence,notamment dans le Var et les Basses-Alpes – actuelles Alpes de Haute-Provence.Cet épisode politique et sanglant ouvre la série des Rougon-Macquartavec La Fortune des Rougon, où l’on voit Félicité et Pierre Rougonmanœuvrer pour faire basculer Plassans dans le camp bonapartiste, tandis queles amis du peuple, incarnés par Silvère Mouret, périssent sous les balles del’Empire.

Or, Plassans n’a pasélu un représentant bonapartiste. En effet, la ville se divise en trois partiesdistinctes : la ville des beaux quartiers, promise aux royalistes ;la ville bourgeoise, qui a voté pour l’Empire ; et les quartierspopulaires. L’alliance des républicains et des royalistes a permis l’électiondu marquis de Lagrifoul, royaliste et réactionnaire. Depuis, les royalistes etles partisans de l’Empire, sous l’égide du sous-préfet Péqueur des Saulaies,s’observent en adversaires acharnés. Or, le sous-préfet est un homme médiocre,bien incapable de mener la lutte contre cette alliance qu’il faut pourtantrenverser. C’est pourquoi le ministre Eugène Rougon envoie l’abbé Faujas àPlassans. Il sera son agent et aidera Félicité à reconquérir la ville.

Aidé des conseilsdiscrets de Félicité, Faujas va réussir. Il va d’abord conquérir lesfemmes : il pousse Marthe Mouret à créer l’Œuvre de la Vierge, institutioncharitable qui va réunir les dames de la bonne société. Par elles, Faujas vaatteindre les maris. Ensuite, il lui faut rapprocher physiquement les partisbonapartiste et légitimiste. Il lui faudra des mois pour réussir, et il yparviendra grâce à la maison des Mouret, idéalement située entre le jardin dela sous-préfecture et celui où se réunit la société royaliste. Il parvient àdoucement attirer les partisans des deux camps sous la tonnelle des Mouret,terrain neutre où l’on peut se rencontrer sans se compromettre. Là, la nouvellealliance se tisse peu à peu – « Ce fut réellement sous la tonnelle desMouret que l’élection se décida. » Dans un deuxième temps, il lui fautéliminer le risque d’un sursaut républicain lors des élections. Les faubourgset les quartiers ouvriers se rassembleraient derrière un homme : FrançoisMouret, si celui-ci acceptait de se lancer dans la bataille. Il faut doncl’éliminer : le malheureux est taxé de folie et interné. Puis Faujascirconvient la jeunesse oisive de Plassans en lui offrant un cercle où elle seréunit pour jouer au billard et, quoi de plus naturel, parler politique. Enfin,il utilise Trouche pour lancer les plus folles rumeurs par la ville. Lerésultat : « Une bouche invisible semblait souffler la guerre dansles rues paisibles. »

Les deux campsréunis sous la tonnelle des Mouret se mettent d’accord sur la personne deDelangre, candidat neutre. Le résultat des élections est sans appel : lamajorité en faveur d’un candidat que l’on croit indépendant, Delangre, estécrasante : les républicains sont balayés par l’union des bonapartistes,« des bourgeois cléricaux de la ville neuve, [des] petits détaillantspoltrons du vieux quartier », et même de quelques royalistes. Il n’y aplus d’opposition : elle a été muselée par les promesses de prébendes etde décorations. Sans surprise, il apparaît bientôt que Delangre vote avec lamajorité bonapartiste au Corps législatif. Félicité et l’abbé Faujas ontatteint leur but : « Plassans était conquis ouvertement àl’Empire ». Notons cependant que les deux complices n’étaient pas tout àfait seuls. Deux influences obscures et jamais nommées ont œuvré depuisParis : celui que l’on désigne comme le « grand homme », qui estEugène Rougon, et d’autre part le « bon ami » de Mme de Condamin –amie proche du sous-préfet Péqueur des Saulaies –, dont on devine que c’estl’empereur lui-même. La bonne marche de la conquête de Plassans est doncsurveillée de près.

Cette conquête lenteet patiente de la ville trouve son parallèle dans la conquête de la maisonMouret par l’abbé Faujas : il met la main sur la maison, pièce par pièce,il éloigne les individus qui le gênent, il circonvient les âmes fragiles. Unefois la conquête achevée, ce sont les Trouche qui règnent en maîtres. Cesderniers sont des gens de sac et de corde, des aventuriers semblables à ceuxqui mettent, selon Zola, la France au pillage après le coup d’État du 2décembre. L’allégorie est forte : tout le monde pille les biens de Mouretle républicain : d’abord Rose et Marthe pour offrir à Faujas des ornementssacerdotaux, puis les Trouche et Mme Faujas. Les armoires sont vidées, le beaujardin est ravagé, le fruit d’une vie de labeur est gâché. Seul l’abbé Faujasest au-dessus de cela : c’est le pouvoir qui l’intéresse, pas lapossession. Il a failli être l’empereur de Plassans, mais il périt dansl’incendie vengeur allumé par celui qu’il a dépossédé et humilié. 

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