Le barbier de Séville

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Beaumarchais

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1732 : Pierre-Augustin Caron, qui deviendra « de Beaumarchais »
après son mariage, naît à Paris d’un
père horloger renommé qui l’initie
au métier. L’adolescent se passionne également pour la musique et les belles
lettres, qui ne sont pas oubliées dans son éducation. À l’issue d’un procès intenté à un concurrent qui
tente de s’approprier une invention
de lui, le jeune homme devient horloger
du roi
. Il obtient en 1755 la charge de clerc d’office de la Maison
du roi et fait son entrée à la cour.
Sa virtuosité à la harpe – instrument qu’il a même
perfectionné – lui vaut d’entrer dans l’intimité
de Louis XV
par le biais des filles du roi dont il devient le professeur.
Il entre dans les affaires avec pour
mentor le riche banquier Pâris Duverney,
auquel on doit la création de l’École militaire. Bientôt, sa nouvelle fortune va
lui permettre d’acheter une charge de
secrétaire du roi
et d’accéder ainsi à la noblesse. Il devient ensuite lieutenant
général des chasses
dans la capitainerie de Paris pour vingt ans. Il mène
alors un grand train de vie,
fréquente les salons et les ambassades où il se gagne une
réputation de bel esprit. Il écrit alors des « parades », courtes comédies à la mode qui sont représentées
dans des théâtres privés. À partir de 1764
il fait des affaires à Madrid, où il
est d’abord parti régler une affaire familiale (dont il sera question dans sa
première pièce), et tente sans succès de se faire négrier.

1767 : Eugénie est un drame
larmoyant
en cinq actes inspiré de l’histoire d’une sœur de Beaumarchais. Il
raconte le mauvais tour joué par un comte libertin à la jeune fille pure d’un
baron, qu’il fait semblant d’épouser, puis plusieurs péripéties qui le voient
s’en éloigner avant de revenir vers elle repentant. Beaumarchais connut quelque
succès avec cette pièce qui obéissait aux théories dramatiques de Diderot. L’histoire
inspira à Gœthe sa pièce Clavigo. Beaumarchais
fait représenter en 1770 une
deuxième pièce, Les Deux Amis, à l’histoire invraisemblable et pleine de
poncifs, qui tombe rapidement.

1774 : Les Mémoires de Beaumarchais sont en réalité quatre libelles destinés à défendre la parole et l’honneur de leur
auteur dans l’affaire qui l’opposait au comte
de La Blache
. Le banquier Pâris Duverney, mort en 1770 – année noire où Beaumarchais perd également sa seconde femme
–, avait laissé en faveur de son protégé un règlement de comptes, qui est contesté
par La Blache, petit-neveu du défunt. Beaumarchais fut accusé de faux et La Blache avait fini par gagner en appel. L’écrivain,
ses biens saisis, se retrouve alors ruiné
et déshonoré, d’autant qu’il avait
commis la bourde de mêler à ses affaires les filles du roi. Par ces Mémoires l’écrivain fait ainsi connaître au public les circonstances de l’affaire, et ce
faisant il dévoile les dessous d’une
magistrature cynique et la corruption de certains milieux. L’œuvre
connaît un très vif succès, son habile dialectique plaît à de hauts
personnages, et le conseiller Goëzman,
rapporteur du procès, se voit contraint de vendre sa charge. Louis XVI tout
juste couronné, parmi d’autres grands, se rapproche alors de Beaumarchais et lui
confie une première mission secrète
en Angleterre pour neutraliser un
détracteur de Mme du Barry, qui sera suivi d’autres emplois, dont l’un implique
la correspondance échangée entre le chevalier d’Éon et Louis XV. Auprès du roi,
Beaumarchais plaidera la cause des colons américains en butte aux Anglais,
et se retrouvera à la tête d’une maison
de commerce
qui apportera discrètement l’aide de la France aux insurgés.

1775 : Bien qu’il soit devenu un homme d’affaires important, Beaumarchais
n’a pas abandonné l’idée de briller au théâtre. Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile fut d’abord un
échec dans sa version en cinq actes lors de sa création à la Comédie-Française. L’auteur resserra en
quelques jours la pièce et sa version en quatre actes connut immédiatement un très grand succès. La pièce inaugure
une trilogie dramatique dont les spectateurs
verront les personnages réapparaître et évoluer. À Séville, le comte Almaviva s’éprend de Rosine, une jeune femme que Bartholo, son tuteur, compte épouser. Ce
nouveau prétendant va se faire aider de Figaro,
une ancienne connaissance, barbier employé par le vieux barbon, pour pénétrer
dans la demeure de celui-ci et rencontrer sa pupille. Il emploie pour ce faire
plusieurs déguisements. Les
situations sont d’une grande complexité,
les incidents nombreux, un suspense s’installe, et les répliques, aux sens multiples,
établissent une forte complicité avec un
public
amené à guetter leur part d’implicite et leurs présupposés. Les
personnages fondent de nouveaux types
d’une grande richesse, en
particulier Figaro, modèle de vivacité et d’ironie. La pièce apparaît frondeuse,
d’une insolence dont la préface se
fait l’écho.

En 1776,
Beaumarchais, qui vivait toujours dans l’ombre d’un blâme qui avait terminé
l’affaire Goëzman, obtient sa réhabilitation.
En 1777, suite à un conflit avec les
comédiens de la Comédie-Française, il fonde la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), toujours
active, et permet de jeter les bases d’une réglementation de la propriété
littéraire. L’année suivante il se lance dans la publication des œuvres complètes de Voltaire qui vient de mourir. Le
dernier volume de cette édition dite de Kehl paraîtra en 1790.

1784 : Le Mariage de Figaro ou
la Folle Journée
, comédie en cinq actes également créée à la
Comédie-Française, constitue le deuxième volet de la trilogie de Beaumarchais. Rosine
y est devenue la comtesse Almaviva, et Figaro le valet de chambre et le concierge
du château de son ancien complice. Il se prépare à épouser le soir même Suzanne, camériste de Rosine. Cette
union va rencontrer plusieurs obstacles, notamment le désir du comte de faire
la conquête de la fiancée, écho de la pratique féodale du droit de cuissage,
exemplaire de la mise en opposition plèbe-aristocratie
qui parcourt la pièce. Les personnages
apparaissent d’une grande épaisseur, favorisée par la temporalité de la trilogie. L’intrigue est compliquée par le roman familial de
Figaro, qui va vivre une double scène de
reconnaissance
et connaître l’identité de ses parents. Le page Chérubin,
amoureux de toutes les femmes du château, qui incarne sur scène la fougue et la
candeur de la jeunesse, vient dynamiser les histoires qui s’enchevêtrent. Il
faut ajouter à cela une scène de procès,
dont Figaro, qui avait fait une promesse de mariage, est l’accusé ; le piège tendu par la comtesse et Suzanne
pour attraper Almaviva sur le fait ; le très long monologue de Figaro, évoquant les privilèges de la noblesse
et des relations se service qui, résonances
d’un passé féodal, apparaissent archaïques.
Beaumarchais, parlant également de censure
et de justice, livre dans cette
pièce d’une exceptionnelle longueur un divertissement
novateur et complexe
en même temps qu’une leçon politique et morale. Il eut d’ailleurs le plus grand mal, dès
1781, à la faire jouer. Il transposa l’action, d’abord située en France, en
Espagne, et organisa une campagne de
lectures
dans les salons de la grande noblesse jusqu’à ce que Louis XVI,
qui avait déclaré la pièce « détestable et injouable », cède. Ce fut
finalement le plus grand succès théâtral
du XVIIIe siècle
– la première fut un évènement et la reine
Marie-Antoinette joua elle-même Rosine à Trianon – et la pièce inspirera tout
le théâtre du XIXe siècle, le drame romantique, la comédie moderne d’intrigue
de Labiche ou Feydeau, ainsi que les films de Renoir ou de René Clair. En 1787 est représenté avec succès Tarare,
opéra écrit par Beaumarchais et mis
en musique par Salieri avec lequel
l’écrivain collabora de près. Le livret en sera modifié jusqu’en 1795 au gré
des changements de régime.

1792 : Avec La Mère coupable ou
l’Autre Tartuffe
, Beaumarchais se félicita d’avoir donné une conclusion morale à sa trilogie. Cette comédie larmoyante en
cinq actes qui fut d’abord jouée au Théâtre
du Marais
– où elle connut alors un demi-échec –, comprend ainsi un sujet de comédie tout d’abord, le même
que le Tartuffe de Molière :
c’est ici un dénommé Bégearrs, un
Irlandais, qui s’introduit dans le foyer des Almaviva, devient le confident du
comte et découvre le secret de la comtesse, qui a eu un fils de Chérubin, mort
à la guerre, prénommé Léon. Et à ce sujet de comédie s’ajoute donc l’élément tragique sous la forme de cette
mère coupable qui à l’acte IV doit pathétiquement balbutier son aveu. Tout se
finit bien puisqu’il s’avère que Florestine, la pupille du comte dont Léon s’était
épris, est en réalité la fille de celui-ci, et les sentiments des deux jeunes
gens n’ont donc rien d’incestueux. Figaro
apparaît ici très changé en
intendant vertueux, fourbu, mais
toujours aussi habile dans sa capacité à contrecarrer les plans de Bégearrs. En
mettant en scène un homme prénommé « Bégearrs », Beaumarchais se
vengeait d’un certain Bergasse, avocat qui avait été embauché par un
ennemi pour le diffamer et qui avait
réussi à retourner l’opinion publique
contre l’écrivain
, que sa richesse
et le faste de sa vie desservaient
auprès du peuple. La pièce sera reprise avec succès à la Comédie-Française en
1799.

1799 : Beaumarchais meurt à Paris
à soixante-sept ans. Pendant la période agitée qui avait suivi la Révolution,
il avait tenté de continuer à mener ses affaires, mais il s’était vu incarcéré
un temps en 1792 et, inscrit par la suite sur la liste des émigrés, il avait dû
vivre pauvrement à Hambourg avant d’en être rayé et de regagner Paris peu après
les débuts du Directoire.

Victor Hugo parlait de Beaumarchais, avec Racine
et Corneille, comme l’un des fondateurs
de la scène française
. Au XXIe siècle, son théâtre qui appelait
à une réforme sociale mais aussi
littéraire, contre le théâtre de cour
et dans la lignée de l’idéologie
humaniste et morale des Lumières
– c’est perceptible dans ses préfaces –, fait
partie des plus étudiés, du collège à l’université.

 

 

« LA
JEUNESSE : Y a-t-il de la justice ?…

BARTHOLO :
De la justice ! C’est bon entre vous autres misérables, la justice !
Je suis votre maître, moi, pour avoir toujours raison.

LA
JEUNESSE (éternuant) : Mais, pardi, quand une chose est vraie…

BARTHOLO :
Quand une chose est vraie ! Si je ne veux pas qu’elle soit vraie, je prétends
bien qu’elle ne soit pas vraie. Il n’y aurait qu’à permettre à tous ces
faquins-là d’avoir raison, vous verriez bientôt ce que deviendrait
l’autorité. »

 

Beaumarchais,
Le Barbier de Séville, 1775

 

« Le
hasard a mieux fait que nous tous, ma petite. Ainsi va le monde ; on
travaille, on projette, on arrange d’un côté ; la fortune accomplit de
l’autre : et depuis l’affamé conquérant qui voudrait avaler la terre,
jusqu’au paisible aveugle qui se laisse mener par son chien, tous sont le jouet
de ses caprices ; encore l’aveugle au chien est-il souvent mieux conduit,
moins trompé dans ses vues, que l’autre aveugle avec son entourage. »

 

Beaumarchais, Le
Mariage de Figaro
, 1784

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