Le barbier de Séville

par

Une riche progression dramatique

A- Un premier acte long vers l’imbroglio

 

Les rebondissements, les retournements sont nombreux toutau long de la pièce, à tel point que les critiques les rapprochent parfoisd’une évolution romanesque. La situation initiale de la pièce est trèsembrouillée, nouée par les mensonges, les non-dits et les ruses : le Comtecroit que Bartholo est marié avec Rosine, Figaro le dément dans la scène4 ; le Comte cache son identité dans la rue et utilise Figaro commecouverture ; Rosine feint de laisser tomber un papier avec une comédienouvelle alors que nous apprenons plus loin qu’il s’agit d’un message pour leComte ; le docteur prépare en secret son mariage avec Rosine. Lesintrigues, secrets et ruses se multiplient ainsi tout au long du premier acteet ce sont les précisions données au fur et à mesure de ce long acte d’expositionqui permettent aux spectateurs d’y voir plus clair.

Les scènes où despersonnages sont cachés se multiplient : scène 1, le Comte est caché pourobserver Rosine ; scène 2, par moments, le Comte se cache pour ne pas sefaire apercevoir ; scène 3 et 5, le Comte et Figaro sont cachés ;scène 6, Figaro se cache pendant la scène du balcon. L’acte I s’impose comme unchassé-croisé de simulations et de dissimulations très attrayant pour lelecteur. Enfin Figaro et le Comte mettent en place la stratégie d’approche dela maison de Bartholo, et l’acte I devient alors un acte programmatique de toutle reste de la pièce.

L’auteur joue aussi sur une complicité entre maître etvalet tout au long de la pièce, jeu permis par leur passé commun. La scène 2 del’acte I montre que les deux personnages se connaissaient déjà et que le maîtreavait aidé le valet ; la pièce déploie ainsi la contrepartie de ce servicerendu.

L’acte I est ainsinécessaire à la mise en place de cette relation particulière entre maître etvalet et à l’éclaircissement de la situation initiale particulièrementembrouillée ; mais il permet en outre de programmer le reste de l’actionet de mettre le spectateur dans la confidence de ce qui se prépare.

 

B-L’acte II ou la défaite du trio de jeunes gensface au barbon redoutable

 

Il est plutôt rare dans les comédies qu’un acte entier soitconsacré à une stratégie des héros mise à mal par la ruse du personnage censéreprésenter le barbon jaloux. Dans L’Écoledes femmes, dont Beaumarchais s’est inspiré, Arnolphe va de défaite endéfaite ; les amoureux l’emportent presque à tous les coups ; mêmequand il croit avoir gagné, il est finalement battu.

Il est incontestable dans Le Barbier de Séville quele vieux tuteur est rusé : il parvient à déjouer les ruses du couple, etla partie adverse doit convoquer l’intelligence et la complicité de troispersonnages pour mettre à mal sa méfiance et ses stratégies de réclusion. LeComte avoue la force de son adversaire à l’acte II, scène 3 : « Que ce diable d’homme est rude àmanier ! »

À l’acte II, scène 15, Bartholo repère très bien le papierque le Comte a essayé de glisser à Rosine, et lorsque le Comte présente unbillet du Maréchal des logis pour lui permettre d’être accueilli dans sademeure, il se trouve que le docteur s’est fait exempter du devoir de loger desgens de guerre. Le Comte y voit là « unfâcheux contretemps » mais c’est une véritable défaite de la premièrestratégie de rapprochement entre lui et Rosine.

Dans l’acte III, scène 2, on croirait que Bartholo peut ànouveau démasquer le Comte puisqu’il lui dit : « vous avez plus l’aird’un amant déguisé que d’un ami officieux » ; pourtant dans cetacte le vieux tuteur est dupé et il se termine avec la victoire du coupleamoureux.

 

C-Un dénouementheureux : la jeunesse et la contestation de l’autorité l’emportent

 

Le dénouement est finalement heureux conformément à lacomédie traditionnelle, et le tableau final permet de réunir presque tous lespersonnages sur scène afin de révéler à tous les aboutissements de l’action.C’est aussi la grande tradition de la comédie de se clore sur un mariage, unefête heureuse et unificatrice. Si jusque-là Figaro faisait preuve d’unephilosophie de vie plutôt pessimiste, il est confiant quant à l’issue de leuraventure : « Point d’inquiétude, Monseigneur, la douceémotion de la joie n’a jamais de suites fâcheuses ». Cette confianceest bien placée puisque si les comédies sérieuses peignent parfois une société peuattrayante, la catharsis comique nécessite tout de même le plaisir duspectateur et le dénouement final heureux. Figaro l’annonce dans sa dernièreréplique, il s’agit de la victoire de « lajeunesse et de l’amour ».

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