Le Mur

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La société bourgeoise : ce que cachent les apparences et le conformisme

Jean-Paul Sartre est né, a été élevé et est devenu un adulte dans une société bourgeoise parisienne, dans laquelle il a essayé de s’affirmer, où il a pris conscience de lui-même et a décidé de choisir la philosophie et l’écriture au grand dam de sa famille qui voulait en faire un professeur ; c’est ainsi contre cette bourgeoisie et ses conventions que Sartre écrit.

Dans Érostrate, le narrateur se trouve différent des autres et ne supporte plus la compagnie de l’humanité ; il se sent si mal parmi les hommes qu’il préfère se tuer, après avoir tué le maximum de personnes. On sent là la difficulté pour ceux qui se sentent anormaux de côtoyer d’autres personnes, au milieu desquels ils ont toujours peur d’être découverts : « Je savais qu'ils étaient mes ennemis, mais eux ne le savaient pas. Ils s'aimaient entre eux, ils se serraient les coudes ; et moi, ils m'auraient bien donné un coup de main par-ci, par-là, parce qu’ils me croyaient leur semblable. Mais s’ils avaient pu deviner la plus infime partie de la vérité, ils m'auraient battu. » Il s’agit donc d’une difficulté d’intégration et de l’impossibilité pour certains de supporter les conventions ou les bonnes mœurs imposées par la société bourgeoise : travailler, fonder une famille, devenir propriétaire, et conserver un mode de vie routinier. Le narrateur ne le supporte plus, se sent tellement mal que la violence et le suicide sont les seules solutions selon lui.

Dans Intimité, Lulu est malheureuse et trompe son mari, ce qui l’extrait du schéma classique du couple marié censé être heureux ; elle a des relations hors mariage, institution importante et forte dans la société, surtout dans les années 1930. Dans une époque pleine de conventions, elle doit se cacher de peur de se faire condamner, pour des raisons de morale ou de religion. Son mari Henri incarne ces règles, dûment appliquées, les apparences proprettes, une haute estime de soi-même, une grande importance accordée à l’éducation, mais il reste une personne terne, sans charme ni intérêt. Lulu, qui trompe Henri, n’osera jamais lui avouer, car « c’est mal », et cela est mal vu tout simplement. Elle n’osera finalement même pas le quitter pour tenter une nouvelle vie, invoquant simplement à Pierre qu’elle aime et qu’elle doit soigner son mari, par devoir : « c’est mon mari, tout de même » ; elle reste donc dans une moralité sociale, conforme aux bonnes mœurs.

Les parents d’Eve, dans La Chambre, représentent tout à fait la bourgeoisie pleine de conventions qui refuse de voir les faiblesses des hommes, ou qui veut s’en éloigner le plus possible pour ne pas acquérir une mauvaise réputation. Bien que la mère soit malade, les deux parents passent beaucoup de temps à parler de Pierre, car il est fou, et voudraient qu’il aille dans un asile. Ainsi, Pierre est rejeté par sa belle-famille parce qu’il est fou et qu’ils refusent d’avoir un fou dans la famille.

On trouve aussi dans le personnage de Lucien Fleurier l’archétype du bourgeois sans intérêt, un jeune homme sans personnalité, sans expérience, sans charisme, qui a toujours eu de bonnes notes car cela fait bonne impression à ses parents. Ses parents également, souhaitant qu’il devienne un patron d’entreprise comme son père, qui veut lui céder la société, sont pris dans cette image de la bourgeoisie qui veut simplement prospérer, mais ils ne se seront jamais vraiment préoccupés des problèmes de leur fils, qui devient un antisémite convaincu, et un homme violent. 

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