Madame Bovary

par

Deuxième partie

Yonville, situé à huit lieues de Rouen, est unvillage ancien, bien loin de l’agitation des grandes villes. Le soir del’arrivée des Bovary, la tenante de l’auberge, Mme Lefrançois, est trèsaffairée : elle doit préparer les repas pour ses habitués mais aussi pourle couple ainsi que leur bonne. Les clients affluent, mais pas de nouvelles desBovary. Ils sont en effet retardés par la recherche de la levrette de madame,qui s’est sauvée au cours du voyage. Incapables de la retrouver, ils finissentla route sous les larmes et les reproches d’Emma.

Une fois à l’auberge, Emma se dépêche d’aller s’installerprès du feu, et attire bientôt le regard attentif de Léon, clerc de la ville.Heureux d’avoir de la compagnie, l’homme a tôt fait de se joindre au repas desnouveaux visiteurs. La discussion s’engage mais Léon n’a d’yeux que pour MmeBovary, approuvant chacune de ses paroles. Très vite, les jeunes gens seconfient leurs goûts, partagent leurs passions et leurs passe-temps. Une foisle repas terminé, M. et Mme Bovary se retirent dans leur demeure, encorefroide, aux meubles éparpillés. Avant de s’endormir, Emma, contemplant sonexistence au gré de ses déménagements, se dit que « puisque la portionvécue avait été mauvaise, sans doute ce qui restait à consommer seraitmeilleur. »

Charles tarde à se faire une clientèle, ils’ennuie chez lui et tourne en rond. Sa seule joie est la grossesse de safemme, dont il attend avec impatience le terme. Emma, elle, n’arrive pas à seréjouir de son futur rôle de mère. Elle espère néanmoins avoir un garçon, pourobtenir une sorte de revanche sur la vie : un homme, au moins, est libre.Cependant, nouvelle déception, Mme Bovary donne naissance à une fille. À cetteannonce, la jeune femme s’évanouit. Après des jours à chercher un nom àl’enfant, on choisit Berthe en hommage à une femme rencontrée lors du bal ducomte d’Andervilliers. Très vite, le bébé est confié à une nourrice, chez lemenuisier du village. Un jour, prise d’une envie soudaine de voir sa fille, MmeBovary s’en va à sa rencontre. Sur le chemin elle croise Léon, qui, depuis sarencontre avec Emma, ne cesse d’espérer retrouver cette rareté qui lui est d’untel agrément : une « dame ». Mme Bovary, se sentant unpeu faible à cause de la chaleur, demande au clerc s’il peut l’accompagnerjusque chez la nourrice. Sur place, elle ne reste pas longtemps. Léon laraccompagne alors jusque chez elle. Sur le chemin, une sorte de langueur suaves’empare d’eux, un bonheur qu’ils partagent sans avoir besoin de parler. Gênée,Mme Bovary, une fois devant chez elle, se dépêche de rentrer dans sa demeure.Léon lui, se languit déjà d’elle.

L’hiver arrive et Emma passe ses journées àguetter le passage de Léon sous ses fenêtres. Par ailleurs, au village, M.Homais l’apothicaire organise chaque dimanche une soirée de jeux decartes : c’est là l’occasion pour les deux amants de se voir et departager quelques moments en compagnie l’un de l’autre. Ils lisent notammentensemble les magasines de mode d’Emma et quelques poèmes, que Léon lui déclame,plein d’amour. Enfin, quand tout le monde dans la pièce est enfin assoupi, ilsdiscutent à voix basse. La création d’un jardinet sur leurs balcons respectifsleur permet également de s’apercevoir de temps à autre, quand ils soignentmutuellement leurs fleurs. Mme Bovary va même jusqu’à offrir au clerc un tapisde velours. Cette générosité ne manque pas de faire parler dans le village. Deson côté, Léon cherche par tous les moyens à vaincre sa timidité et à déclarersa flamme à Emma, sans succès.

Un dimanche de février, alors qu’Emma, sonmari, Léon et M. Homais se promènent, le contraste entre son époux et le jeuneclerc frappe Emma de plein fouet. Charles a l’air d’un paysan sot, tandis queLéon est beau, a l’air doux. De retour chez elle, la jeune femme en estsûre : elle est amoureuse du clerc. Commencent alors pour elle de longuesheures de lamentation à imaginer sa vie si elle n’avait pas épousé Charles. Sonattitude change du tout au tout : elle devient froide avec Léon, s’occupeavec soin de son ménage, retourne à l’église et va même jusqu’à retirer Berthede chez sa nourrice pour s’en occuper. Mais cet étrange comportement entraîneégalement chez elle un amaigrissement certain, et une perte totale de sescouleurs. Sa beauté séduit tout le monde au village, et ses manières sontadorées de tous. Mais derrière cette apparente réserve se cache un cœurbouleversé, envahi par une haine sourde. Emma aime Léon et le trouble qu’il luicause l’empêche de mener une existence sereine. Sans exutoire possible, elleretourne toute sa rage contre son mari Charles.

Un soir d’avril, alors qu’Emma est assise aubord de sa fenêtre, l’angélus résonne. Lui reviennent alors en mémoire lessouvenirs de sa jeunesse au couvent ; sans en prendre conscience la voicisur le chemin de l’église. Elle cherche alors à se confier à l’abbé Bournisien,mais celui-ci n’écoute pas un mot de ce qu’elle raconte, trop occupé à corrigerles enfants présents ou à lui demander des nouvelles de son époux. De retourchez elle, Emma se sent encore plus mal. De colère, alors que sa fille tented’attirer son attention, Mme Bovary la repousse et l’enfant, en tombant, seblesse. La blessure n’est cependant pas profonde. De son côté, Léon se laissealler à la mélancolie : il ne mange presque plus et se plaintrégulièrement de la vie. Alors, il prend brusquement la décision de quitterYonville où rien ne l’attend pour aller mener une vie d’artiste à Paris. Sesderniers adieux vont à Emma qui dissimule, comme elle le peut, son désarroi.

Les jours qui suivent le départ de Léon sonttrès difficiles à vivre pour Mme Bovary : comme autrefois, une grandemélancolie s’empare d’elle. Elle ne peut ôter le clerc de ses pensées. Et, aufur et à mesure que ses souvenirs s’estompent, la vie lui semble de plus enplus dure. Comme à Tostes, elle recommence ses frasques et achète sans compter,allant d’extravagance en extravagance. Et bientôt, la maladie la reprend :elle crache du sang. Très inquiet, Charles s’en va demander conseil à sa mère.Celle-ci lui ordonne de confisquer à Emma tous les mauvais romans qu’elle lit.

Un mercredi cependant, la journée d’Emma sevoit illuminée par la venue d’un homme fort bien habillé : RodolpheBoulanger de la Huchette. Venu pour la saignée d’un ami, l’homme remarque trèsrapidement la beauté de Mme Bovary et décide de la courtiser. Il réfléchitalors à tous les éléments qui lui permettront de la posséder, sans être gênépar le mari, avant de se débarrasser d’elle.

L’arrivée des Comices agricoles sera pourRodolphe l’occasion de mettre à exécution son projet : c’est ainsi que luiet Mme Bovary sont très vite aperçus, au bras l’un de l’autre, à la fête.Rodolphe adopte sans détour une attitude de séducteur. Très vite, leurdiscussion tourne autour de la médiocrité des gens de la campagne, et del’ennui mortel qu’engendrent les villes de province. Entraînant Emma à l’écart,Rodolphe tente alors de créer entre eux une intimité physique : il luiprend la main, et, prise d’une mollesse passagère, Mme Bovary se laisse faire.

Il s’écoule six semaines avant que M. Boulangerne reparaisse chez les Bovary : il pense ainsi, à raison, faire languir lajeune femme. Seule chez elle, Emma pâlit à la vue du séducteur et perd sesmoyens. Devant ses paroles, elle sent ses défenses fléchir. Seule l’arrivée deson mari permettra de calmer son esprit embrouillé. Prétextant un intérêt pour lasanté de Mme Bovary, Rodolphe émet l’idée de leçons d’équitation pour luirenforcer le corps. M. Bovary, enchanté, accepte. À peine quelques jours plustard, les deux amants s’en vont seuls chevaucher en forêt. Profitant d’un courtarrêt, Rodolphe renouvelle son amour à Emma : s’effrayant quelque peu audépart, la jeune femme se laisse finalement aller à ses émotions. De retourchez elle, Mme Bovary est toute à ses pensées : elle se sent changée.L’idée qu’elle a un amant l’étourdit de bonheur et elle se sent enfin comme l’unede ces héroïnes de romans qui l’ont fait rêver. Ainsi, la romance entreRodolphe et Emma est commencée. Les deux amants se donnent rendez-vousquotidiennement, s’écrivent des lettres, et Emma ne se lasse plus des sermentsd’amour de Rodolphe. Un jour, prise d’une folie passagère, elle profite de lasortie matinale de son mari pour se rendre par surprise au château de M.Boulanger. Cette audace surprenant son amant, elle réitère l’aventure à chaqueabsence de son mari. Au début content, Rodolphe s’inquiète finalement de plusen plus de l’attitude de Mme Bovary : il commence à regretter cetteaventure qu’il a lui-même engagée.

Les inquiétudes de Rodolphe ne tardent pas àgagner Emma. Bientôt, elle épie le moindre bruit, craignant d’être observée. Unmatin, alors qu’elle rentre du château de M. Boulanger, Mme Bovary est interpeléepar M. Binet, percepteur d’Yonville. Effrayée, elle invente une excuseimprobable pour justifier sa présence matinale et part, coupant court à ladiscussion. Sur le chemin, elle maudit son attitude, certaine d’avoir étédémasquée. Ainsi, chaque rencontre avec M. Binet devient pour elle unsupplice ; la crainte qu’il ne dévoile quelque chose à son mari la saisitsans cesse. Les rendez-vous entre Rodolphe et la jeune femme ne se font plus désormaisque dans le jardin des Bovary, à la nuit tombée. Mais le sentimentalismegrandissant d’Emma cause un frein à leur amour : M. Boulanger commencealors à changer, restreignant ses démonstrations d’amour, ses caresses et sespromesses. Ces transformations n’échappent pas à l’œil vigilant d’Emma ;et cependant, elle n’ose y croire. Six mois après le début de leur relation,toute passion est presque envolée : les voici agissant comme un vieuxcouple marié. Mme Bovary repense alors à son enfance heureuse auprès de sonpère, et se surprend à se demander pourquoi elle exècre tant son époux. Pourcontrebalancer l’amour que ne lui donne plus Rodolphe, elle décide de donner àCharles mille preuves de son amour. Elle ignore cependant comment procéder.

C’est la venue de l’apothicaire qui luiapporte la solution : un nouvel ouvrage médical vient de paraître,abordant la cure des pieds de bots. Consciente de la renommée qu’un tel procédépourrait apporter à son mari, elle le convainc de se procurer l’ouvrage et des’essayer au plus vite à cette méthode miracle. Hippolyte, un jeune garçon duvillage, devient son premier cobaye. Une simple section du tendon d’Achille etl’opération semble une réussite. Chez les Bovary, la joie règne et le soirmême, le médecin est le sujet principal d’un article de journal. Cependant, lesréjouissances sont de courte durée : cinq jours plus tard, Hippolyte est auplus mal. Bientôt, la gangrène gagne sa jambe et il faut l’amputer en urgence.Cette tâche est confiée à un autre médecin, M. Canivet, qui ne se gêne pas pourridiculiser les pratiques, qu’il juge douteuses, de M. Bovary. Ainsi moqué,Charles n’ose plus sortir de chez lui. Emma, quant à elle, maudit son incapablede mari, se reprochant d’avoir pensé qu’on pouvait tirer quelque chose de lui.La jeune femme oublie alors toutes ses bonnes résolutions et se jette à corpsperdu dans les bras de son amant.

Les rendez-vous entre Mme Bovary et M.Boulanger se font de plus en plus fréquents ; Emma ne supporte plus sonépoux, elle rêve d’autre chose. Par ailleurs, elle couvre de cadeaux son amantet dépense sans compter. M. Lheureux, avec qui elle fait affaire, n’hésite pasà se montrer doux et complaisant jusqu’au jour où il réclame qu’on lui règletous les frais engagés. Mais la famille Bovary accumule les dettes et ne peutpas payer de dépenses supplémentaires. C’est alors que M. Lheureux commence àfaire chanter Emma : devinant que la cravache fraîchement acquise par lajeune femme n’est pas destinée à son mari mais bien à son amant, le commerçantmenace de venir réclamer l’objet à Charles, afin de leur épargner une nouvelledette. Emma, terrifiée, vole son époux et rembourse tout ce qu’elle doit,comptant sur la mauvaise mémoire de Charles. Cette aventure ne l’empêchecependant pas de continuer à montrer toutes sortes d’attentions envers sonamant, délaissant de plus en plus son foyer. Elle se montre par ailleursouvertement dans la rue fumant le cigare et portant des tenues d’homme, ce quine manque pas de scandaliser. Une jour, alors qu’elle vient de se disputer avecsa belle-mère, Emma décide de mettre à exécution son plan de fuite. D’ici-là,la jeune femme, autrefois si désagréable, devient douce et docile, répandantautour d’elle une sorte de lumière joyeuse. Oubliant son différend avec M.Lheureux, Emma passe commande auprès de lui de tout son nécessaire de voyage,l’engageant cependant à ne rien apporter chez elle. Enfin, le grand jourarrive. La veille, Mme Bovary s’assure de la venue de Rodolphe, revoit avec luiles derniers préparatifs avant de le laisser, heureuse. Mais Rodolphe n’anullement l’intention de partir avec elle.

Rentré chez lui, il rédige rapidement unelettre d’adieu, oubliant déjà le visage de sa maîtresse. Le lendemain, il faitporter à Mme Bovary le papier, accompagné d’une corbeille de fruits, comme àleur habitude. Devant la démission de son amant, Emma se trouve totalementbouleversée et fuit au grenier. L’idée du suicide lui vient alors : elles’approche du vide quand son mari, l’appelant, interrompt brusquement songeste. Reprenant ses esprits, la jeune femme descend tant bien que mal poursouper avec son mari. Mais le bruit du carrosse de Rodolphe sur les pavés,partant sans elle, l’achève : prise de convulsions, elle tombe. Très vite,le diagnostique est posé : une fièvre cérébrale. La convalescence dure jusqu’enoctobre. De là, Emma reprend progressivement des forces. Lentement, elleparvient à manger et à se redresser. Alors que Charles la conduit au jardin, devantle banc où elle retrouvait autrefois son amant, Mme Bovary cependant défailleet la maladie reprend de plus belle.

Pendant que la maladie d’Emma empire, lesdettes pleuvent sur le pauvre Charles. Il est accablé de toutes parts etnombreux sont ceux qui le harcèlent pour récupérer leur argent. Parmi eux, M.Lheureux est de loin le plus véhément. Au pied du mur, M. Bovary contracteauprès du commerçant un billet à six mois d’échéance, avant de se décider à luiemprunter la somme de mille francs. Mais la situation ne s’améliore guère pourle ménage. Avec l’hiver, la santé d’Emma s’améliore quelque peu. Mais, ayantcru sa mort proche, elle tombe dans une sorte de fanatisme religieux.Cependant, la portée des lectures religieuses lui échappe et elles finissentpar l’ennuyer. Insatisfaite, Emma s’adonne alors à des charitésexcessives : cousant et donnant pour les pauvres, recevant chez elle lesplus démunis. Au printemps, l’état de Mme Bovary est nettement amélioré. Elle délaissel’église et la religion, congédie les importuns et se passionne pour son jardin.Une discussion avec M. Homais, qui appuie les bienfaits du théâtre, fait unjour germer dans la tête de Charles l’idée qu’une représentation serait uneexcellente distraction pour sa femme. Dès le lendemain, M. et Mme Bovary s’envont pour Rouen assister à leur première pièce.

Dans le luxe des décors somptueux, Emmareprend vie. Émerveillée, elle ne sait plus où donner de la tête. Par ailleurs,les musiques et le spectacle évoquent en elle toutes les joies, les passions etles contrariétés qu’elle a connues. Transportée, subjuguée, Mme Bovary se laisseemporter par l’histoire. Mais à l’entracte, la moiteur de la loge la frappe deplein fouet et elle doit sortir, agitée de palpitations. Alors que Charles apporteun verre d’eau à sa femme, Léon fait son apparition. Dès lors, Emma est dansl’incapacité totale de continuer à suivre la représentation ; son espritest tout occupé à se remémorer son ancien amour. Prétextant une trop fortechaleur, la jeune femme entraîne à sa suite son mari ainsi que Léon. Plutôt quede retourner dans la salle, le trio s’en va déjeuner. C’est alors l’occasionpour Léon de convaincre Mme Bovary de rester un jour de plus à Rouen, ce à quoiCharles l’encourage.

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