Madame Bovary

par

Troisième partie

Léon, en évoluant à Paris, a pris del’assurance. Lui si timide autrefois se sent en confiance devant « cepetit médecin ». Il se résout à posséder enfin Emma, sans plus tarder.Il passe alors à l’hôtel de la Croix-Rouge, sachant qu’il y trouvera Mme Bovaryseule. S’engage alors entre eux une discussion animée où chacun évoque sessouvenirs d’Yonville et ses désirs brisés. Puis, rapidement, Léon rappelle àEmma la passion qu’il a pour elle, lui dévoilant son espoir de la retrouver parhasard. Bien que flattée, la jeune femme repousse les assauts de son amant touten craignant qu’il ne renonce à elle. Avant de s’en aller, le jeune homme parvientà soutirer à son amante un dernier rendez-vous : ils se retrouveront lelendemain, dans la cathédrale. Aussitôt ces paroles prononcées, Emma éprouvedes remords : elle rédige alors une lettre la dégageant de ce rendez-vous.Mais le lendemain, elle ne trouve pas la force de la lui donner. Elle seréfugie alors dans la prière et la visite du monument, sous le regard agacé deLéon. Après deux heures à supporter la lubie d’Emma, Léon l’entraîne àl’extérieur et demande un fiacre. D’une phrase il balaie tous les scrupules dela jeune femme et les voici, faisant le tour de Rouen, stores tendus, lavoiture « plus close qu’un tombeau ».

De retour à l’hôtel, Mme Bovary a la surprisede constater que la diligence censée la reconduire chez elle n’est plus là.Bien que rien ne la force à rentrer, Emma loue les services d’un palefrenier etretourne au plus vite à Yonville. Mais sur place, sa bonne la presse de serendre en urgence chez M. Homais. Là, la boutique apparaît dans un désordrecomplet. Le commis Justin a fait une grave erreur : il a utilisé une desbassines placée à côté d’un flacon d’arsenic pour faire des confitures. Mais cen’est pas pour cela qu’on a fait venir Mme Bovary : son beau-père vient demourir. Retournant chez elle, Emma console son mari, en larmes. Cependant,cette nouvelle ne l’affecte que peu et les efforts qu’elle déploie poursoutenir Charles sont bien minces. Le lendemain, Mme Bovary mère arrive pouraider aux préparatifs du deuil. Alors qu’ils sont ainsi occupés, M. Lheureuxintervient. Il vient proposer un arrangement à Emma : faire signer à Charlesune procuration lui permettant de devenir la seule interlocutrice ducommerçant. Une fois sa belle-mère partie, Emma aborde avec Charles toutes lesdémarches à faire suite au décès de son père, et glisse, discrètement,l’attestation lui permettant dès à présent de prendre en charge toutes lesdémarches financières de la maison. Puis, prétextant ne pas faire confiance auxpapiers du notaire, elle laisse à son mari le soin de proposer l’aide du clercLéon. Elle a alors une raison toute prête pour retourner auprès de son amant.

Pendant trois jours, Mme Bovary file leparfait amour. Emma et Léon profitent tantôt de leur intimité nouvelle, tantôtde sorties romantiques. Mais les jours passent vite et bientôt Emma doitrepartir. Après s’être assurée que la procuration donnée par M. Lheureux estcorrecte, elle abandonne son amant et retourne à Yonville.

Les deux amants s’échangent de nombreuseslettres mais, insatisfait, Léon prend la brusque décision de passer à Yonville.Il se rend le soir même voir Mme Bovary, qui peine à le laisser : leurséparation lui semble intolérable. Elle fait alors la promesse qu’elle trouverale moyen de le voir au moins une fois par semaine. Et en effet, feignant uneardeur musicale, elle convainc son époux de lui trouver un professeur de pianoà Rouen. C’est ainsi qu’elle parvient à retrouver Léon en toute impunité. Dansle même temps, persuadée qu’elle recevra bientôt de l’argent, Emma contracte deplus en plus de crédits, achetant tantôt des rideaux, tantôt des tapis, dontelle n’a nul besoin.

Tous les jeudis, Emma se prépare tôt selon unrituel précis, avant de se rendre au fiacre qui l’emmènera jusqu’à Rouen.Heureuse, elle apprécie chacune des aspérités du chemin, qu’elle connaît àprésent par cœur, qui la conduit à son amant. Dans la ville, les rues qu’ellefréquente n’ont plus de secret pour elle. Quand enfin elle rejoint Léon, leursretrouvailles sont comme une renaissance. Les deux amoureux vivent des momentsvoluptueux, remplis de douceur et de légèreté. Chaque petite habitude del’autre renforce l’amour qui les unit. Mais la séparation devient un supplice,et Mme Bovary repart toujours déchirée. Chaque jour suivant ces retrouvaillesest un peu plus dur à vivre, jusqu’au jeudi suivant. Les jours s’écoulentainsi, et Emma connaît une certaine tranquillité. Un jour pourtant, Charles luirapporte qu’il a croisé sa prétendue professeure de piano et que celle-ci neconnaît absolument pas son nom. Paniquée, elle jure à son mari qu’elle possèdedes reçus ; et en effet, quelques jours plus tard, M. Bovary trouve unepreuve de ce que sa femme avance. L’affaire est alors classée. Emma devient toutde même plus prudente, ce qui ne prévient pas la rencontre de M. Lheureux alorsqu’elle se trouve au bras de Léon. Trois jours plus tard, le commerçant vientla trouver et lui réclame de l’argent. Contrainte de satisfaire sa demande,Emma vend une vieille maison qui appartenait à M. Bovary père. Cette vente nesuffit pourtant pas à tout rembourser et Emma contracte billet sur billet. Avecquelques économies, elle parvient à en payer la plupart mais l’un d’eux tombeun jour entre les mains de Charles. Épouvanté, celui-ci lui demande desexplications puis contacte à son tour M. Lheureux auprès de qui il engage deuxautres billets. Enfin, il demande à sa mère de l’aider à regarder les factures.Emma apprend alors incidemment que son époux lui retire sa procuration : àcette nouvelle, la jeune femme fait une crise de nerfs. Éprouvé, Charles s’enva dès le lendemain en signer une nouvelle. Heureuse, Mme Bovary devient alorsencore plus ardente avec son amant – si bien qu’un soir, elle ne rentre pas àYonville. Fou d’inquiétude, M. Bovary attelle son boc – cabriolet – et s’en va à Rouen. Là, il cherche partout safemme, quand il tombe soudain sur elle ; elle prétend être tombée malade,reproche à Charles sa trop vive inquiétude, qui bride sa liberté. Se servant dece prétexte, Mme Bovary se rend de plus en plus souvent chez Léon.

Un jour, par politesse, Léon invite M. Homaisà venir dîner chez lui. C’est ainsi qu’Emma a la surprise de voyager encompagnie de l’apothicaire, sans rien connaître de ses intentions. Elle s’en vadonc attendre Léon comme à son habitude. Mais celui-ci, retardé par lesbavardages de son ami, tarde à venir. Folle de rage, Emma s’en va et Léon, unefois débarrassé de l’apothicaire, se retrouve seul devant l’hôtel. Se sentanthumiliée par l’absence de son amant, Emma se remet en mémoire les attitudes quil’exaspèrent chez Léon : elle s’aperçoit alors que sa passion s’affaiblit.Peu à peu, une ombre s’insinue au sein de leur couple et commence à lesséparer.

Tout occupée à ses amours, Mme Bovary en oublieses soucis d’argent, jusqu’au jour où elle reçoit une lettre d’un huissier.Emma se précipite alors chez M. Lheureux, qui, contrairement à ce qu’elleimaginait, ne montre, au départ, pas la moindre compassion. Mais en apprenantles autres dettes du couple, l’homme se radoucit. Sans manquer de se plaindreet de vanter son immense générosité, M. Lheureux écrit de nouveaux billets pourMme Bovary. Commence alors pour Emma des jours difficiles, où elle emprunte àtout le monde, tant du côté de ses amis que de sa famille, le tout dans le dosde Charles. À côté, elle vend ses affaires, chine, en espérant pouvoir revendreà M. Lheureux. Mais plus le temps passe, plus Emma s’enfonce dans les dettes,et cela commence à se ressentir dans la maisonnée. La jeune femme devientexécrable, refuse de sortir de sa chambre et a même relégué son mari dans uneautre pièce. Isolée, Emma se perd dans la contemplation de tableaux ou dans lalecture. Léon, de son côté, se détache d’elle : il a par ailleurs promis àsa mère et à son patron de ne plus revoir la jeune femme. Même s’ils persistentà se voir, plus aucune passion ne les anime : chacun tend à se séparer del’autre. Un soir, Emma, lassée de sa vie, s’en va d’Yonville pour assister à unbal masqué. Mais au petit matin elle s’enfuit et rentre chez elle. Sa bonne luiannonce alors une mauvaise nouvelle : si la famille Bovary ne remboursepas sa dette de huit mille francs, tout leurs biens seront saisis. Emmaretourne alors chez M. Lheureux, espérant un nouveau geste mais l’homme semontre intraitable, voire insultant. Sans pitié, il pousse la jeune femmedehors.

Le lendemain, le mobilier de la maison estenlevé, sous le regard de Mme Bovary. Décidée à agir, elle se rend à Rouen oùelle fait le tour des banques, en vain. Léon apparaît alors comme son dernierespoir. Gentil, son amant accepte de demander autour de lui la somme de troismille francs, mais sa requête se solde par un échec. Il fait alors la promessed’aller trouver un de ses amis de l’étude, mais le mensonge est trop évident.Emma s’en retourne à Yonville, la mort dans l’âme. Quand Félicité lui apprendque tous les meubles de la maison sont à vendre, sous les conseils de sa bonne,Emma va trouver M. Guillaumin, le notaire. Après lui avoir exposé sa situation,Mme Bovary le supplie d’être clément et de lui accorder un prêt. L’homme semontre enclin à accepter, mais à la condition qu’elle s’offre à lui.Épouvantée, Emma se sauve. De retour chez elle, elle fait la liste despersonnes à même de l’aider mais personne ne semble disposé à le faire. Leretour de son mari la pousse à se rendre chez M. Binet, son dernier espoir.Mais comme les autres, le percepteur se défile. Alors que tout semble perdu etqu’Emma commence à perdre la tête, elle se souvient de son amant Rodolphe etsans attendre se précipite au château de la Huchette.

Devant son ancien amant, Emma éprouve unregain de tendresse. Elle se fait caressante, lui jure un amour sans faille,avant de lui exposer sa situation, persuadée qu’il saura la sauver. Mais Rodolphen’a pas d’argent. Emma devient folle de rage et l’accuse de ne pas l’aimer, dedépenser inutilement son argent. Sortant précipitamment, la jeune femmecommence à avoir des hallucinations, tantôt auditives, tantôt visuelles. Ellecourt à perdre haleine, sans savoir où aller, jusqu’à ce qu’une idée germe enelle : Emma se rend alors, presque euphorique, chez l’apothicaire. Ellesoudoie le commis Justin pour qu’il lui ouvre, sans prévenir le propriétaire dumagasin. Après s’être jetée sur la clef du capharnaüm, la jeune femme seprécipite dans la pièce et avale, sans hésitation, l’arsenic qu’elle y trouve.Puis elle repart aussi vite qu’elle est arrivée. De son côté, Charles estcomplètement paniqué. Il ignore où se trouve sa femme et ne peut plus rester immobile.Il se rend sur la route de Rouen avant de faire brusquement demi-tour. Emma estenfin rentrée. Mais son attitude est étrange. Par ailleurs, la jeune femmecommence à ressentir les effets du poison : un goût d’encre envahit sabouche et des vomissements brusques la saisissent. Au cours de la soirée, lessymptômes empirent : bientôt Emma tremble, son pouls devient inégal et sesgémissements se transforment en hurlements. Paniqué, M. Bovary tente decomprendre. Sa femme lui indique alors une lettre qu’elle a rédigée peu auparavant,et il comprend enfin. Dévasté, il hurle, se cogne, tente d’écrire au Dr.Canivet sans y parvenir, jusqu’à perdre complètement pied. On tente de trouverun remède mais les séquelles sont déjà trop importantes et Mme Bovary semet à vomir du sang. L’arrivée de deux grands médecins n’y change rien :il est trop tard, elle est condamnée. On fait alors venir le prêtre, afin qu’ildéclame à la mourante les dernières prières. Les récitations semblent avoir uneffet positif sur la jeune femme : elle semble apaisée. Mais ce repos estde courte durée : prise de spasmes, elle se redresse brusquement en entendantla chanson d’un aveugle qui lui rappelle Rouen. Prise d’un rire hystérique, elleconvulse une dernière fois avant de mourir.

La mort de sa femme laisse M. Bovarytotalement apathique. Incapable de réagir, il se laisse guider par ses amisprésents. M. Homais, de retour chez lui, s’empresse de rédiger une histoirepour camoufler le suicide de Mme Bovary. Puis une fois ses affaires réglées,l’apothicaire retourne voir Charles : il faut songer à la cérémonied’enterrement. Malgré la difficulté que cela représente pour lui, M. Bovarys’applique à offrir à sa défunte épouse des funérailles dignes d’elle. Pour lesoutenir dans cette épreuve, il fait également venir à lui sa mère, à qui ilconfie la plupart des tâches de l’enterrement. La petite Berthe, quant à elle,est conduite chez Mme Homais. Une fois la cérémonie achevée, le veuf seretrouve une dernière fois auprès de sa défunte épouse, repensant aux instantspassés ensemble. Enfin, l’heure de mettre Emma en terre arrive. Une processionse forme dans Yonville pour accompagner la famille et les amis de la morte. M.Rouault fait alors son apparition ; à la vue du drap noir, il s’évanouit.

L’homme avait en effet reçu une lettre, maiscelle-ci étant difficilement déchiffrable, il n’avait pas compris toute lateneur de son propos. Angoissé, il avait fait tout le trajet jusqu’à Yonville,devenant à moitié fou, interrogeant tout le monde en chemin. Ce n’est qu’à lavue du cercueil que les choses sont devenues claires. Après s’être remis de sesémotions, M. Rouault décide de tenir compagnie à son gendre et s’en va, à sontour, assister à la mise en terre. La mise en bière terminée, Charles constateavec douleur que la plupart de ses amis sont déjà partis et que M. Rouault mêmefume la pipe, ce qui lui apparaît comme totalement inconvenant. De retour dansla demeure des Bovary où l’attend Mme Bovary mère, un grand silence s’installe.Ce n’est qu’après le départ du père Rouault que le dialogue se dénoue entre lamère et le fils, qui parlent des jours d’autrefois et de l’avenir. Secrètement,Mme Bovary se réjouit de retrouver enfin son fils.

La vie reprend son cours : Berthe, untemps, réclame sa mère, puis doucement l’oublie. Charles, quant à lui, doit ànouveau songer à ses problèmes financiers. Les dettes contractées pourl’enterrement, ajoutées à celles d’Emma, laisse l’homme sans le sou et sansforce. Un jour, alors qu’il monte au grenier, M. Bovary tombe sur une lettre deRodolphe. Mais refusant d’imaginer quoi que ce soit, il ferme les yeux. Lasolitude devient de plus en plus pesante, autour de lui le vide se crée, et sesamis d’autrefois ne donnent plus signe de vie. Félicité, la bonne, s’en estallée, Léon s’est marié et même sa mère a baissé les bras. Sa fille Berthereste alors son seul soutien. Mais quand M. Bovary tombe à nouveau sur deslettres de Rodolphe à sa femme, puis sur celle de Léon, il devient fou.S’enfermant dans sa douleur, le médecin ne sort plus de chez lui. Un jourpourtant, alors qu’il affronte l’extérieur, il croise Rodolphe. Cette rencontresera pour lui funeste. Quelques jours après seulement, sa fille Berthe ledécouvre mort, une mèche de cheveux de sa mère dans les mains. Tous les biensde la maison sont alors vendus, et le peu restant sert à conduire la fillettechez de la famille. M. Homais lui, coule maintenant des jours heureux : lacroix d’honneur qu’il a enfin reçue lui assure une clientèle fidèle et luipermet de remplacer tous les médecins aux alentours d’Yonville.

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