Richard III

par

George, duc de Clarence, frère de Richard

Frèredu roi Édouard IV, ce dernier se méfie de lui comme de la peste, à cause d’uneprophétie affirmant que les héritiers d’Édouard seraient tués par un membre dela famille dont le nom commence par G, comme George. Cette fatale initialesuffit à envoyer le propre frère du roi à la sinistre Tour de Londres. Lespectateur d’aujourd’hui peut trouver le roi superstitieux, mais cetteprécaution n’étonnait pas le spectateur de la fin du XVIe siècle.D’ailleurs, la prophétie s’avère vraie selon la pièce, puisque les enfantsd’Édouard IV sont effectivement tués par quelqu’un dont le nom commence par lalettre G : le duc de Gloucester, son autre frère, l’infâme Richard.

Cependant,le roi est bientôt prêt à faire grâce à George, ce qui n’arrange en rien lesaffaires de Richard, qui tient une excellente occasion de se débarrasser de sonfrère : il le fait poignarder, puis, pour faire bonne mesure, noyer dansun tonneau de vin — de Malvoisie, pour être précis.

Cettemort spectaculaire, noyé dans un tonneau, a installé le duc de Clarence dansl’imaginaire collectif. Décidément marqué par les prophéties, il estintéressant de noter que le duc avait rêvé sa propre mort lors de sa dernièrenuit : dans son rêve, son frère Gloucester – Richard – et lui setrouvaient en mer, quand Richard le poussait à l’eau :

« il mepoussait pardessus le bord

au milieu desvagues bouleversées de l’Océan.

Dieu ! quelledouleur c’était de se noyer !

quel affreux bruitd’eau dans mes oreilles !

quels spectacleshideux de mort devant mes yeux !

Il me semblaitvoir mille effrayantes épaves ;

des milliersd’hommes que rongeaient les poissons ;

des lingots d’or,de grandes ancres, des monceaux de perles,

des pierres inestimables,des joyaux sans prix,

épars au fond dela mer.

Il y en avait dansdes têtes de mort, et, dans les trous

qu’avaient occupésdes yeux, étaient fourrées

des pierreriesétincelantes qui de leurs regards dérisoires

couvaient le fondboueux de l’abîme

et narguaient lesossements dispersés près d’elles. »

“Methought that Gloucesterstumbled; and, in falling,
Struck me, that thought to stay him, overboard,
Into the tumbling billows of the main.
Lord, Lord! methought, what pain it was to drown!
What dreadful noise of waters in mine ears!
What ugly sights of death within mine eyes!
Methought I saw a thousand fearful wrecks;
Ten thousand men that fishes gnaw’d upon;
Wedges of gold, great anchors, heaps of pearl,
Inestimable stones, unvalued jewels,
All scatter’d in the bottom of the sea:
Some lay in dead men’s skulls; and, in those holes
Where eyes did once inhabit, there were crept,
As ’twere in scorn of eyes, reflecting gems,
Which woo’d the slimy bottom of the deep,
And mock’d the dead bones that lay scatter’d by.”

Dansce rêve hautement symbolique, les « milliers d’hommes que rongeaient lespoissons », les « têtes de mort » peuvent représenter lesnombreuses victimes de la famille d’York – et de Clarence en particulier –tombées lors de la conquête du trône par la famille. Pour accéder aux« pierreries étincelantes » qui représentent le pouvoir, il a fallutuer. Ajoutons à cela la vison courante chez Shakespeare du sort commun à tousles hommes : après la mort, il ne reste rien d’eux, que de la nourriture pourles poissons ou les vers (le même thème sera développé dans la scène ducimetière dans Hamlet, quand le prince songe en regardant le crâne dubouffon Yorick).

Encoreaujourd’hui, nombre de gens sont persuadés que le duc de Clarence est mort noyédans un tonneau de Malvoisie, sur l’ordre de Richard. En réalité, GeorgePlantagenêt, duc de Clarence, a été exécuté le 14 février 1478 à la Tour deLondres, accusé d’avoir conspiré contre son royal frère. Comment fut-ilexécuté ? Cela reste un mystère.

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