Une vie

par

Paul de Lamarre, dit Poulet

C’estle fils unique de Jeanne et Julien. Affublé du sobriquet de Poulet, il granditdans l’indifférence teintée d’hostilité de son père. En revanche, sa mèrel’adore : il est le grand amour de sa vie. De même, ses grands-parents etsa grand-tante Lison lui vouent une adoration sans borne. Dès sa naissance,« il devint l’idole, l’unique pensée » de ces quatre êtres réunisautour de lui. Jeanne le couve d’un amour étouffant. Elle craint toujours pourla vie et la santé de l’enfant. Paul ne va pas au collège, ne reçoitpratiquement aucune instruction. Il grandit en herbe folle parmi ces adultesqui l’idolâtrent. La conséquence est qu’« à quinze ans, Poulet est restéenfant d’esprit, ignorant, niais, étouffé entre ces deux jupes et ce vieilhomme aimable qui n’était plus du siècle. » Le baron parvient à convaincreJeanne d’envoyer l’adolescent au collège à Rouen. La séparation est undéchirement pour Jeanne, et une forme de délivrance pour Paul, heureux d’avoirenfin des camarades de son âge. Quelques années passent, au cours desquellesPaul suit une scolarité médiocre.

Àvingt ans, quand il s’apprête enfin à quitter le collège, Paul est« devenu un grand garçon blond, avec des favoris déjà touffus et uneapparence de moustache ». C’est lui maintenant qui rend visite à lafamille, le dimanche, aux Peuples, mais ses visites s’espacent, et finissentpar se tarir, au grand dam de Jeanne. Après une absence particulièrementlongue, l’inquiétude la pousse à se rendre au collège, accompagnée du baron,afin de prendre des nouvelles de son fils. C’est avec effarement que Jeanne etle baron découvrent que Paul leur a menti : il a quitté le collège,fabriqué de faux certificats pour justifier ses absences. Jeanne ne le sait pasencore, mais elle ne reverra pas son fils pendant près de cinq ans.

Unefois quitté le foyer, Paul ne donne pas de nouvelles. Les seules lettres qu’ilécrit à sa famille n’ont qu’un seul objet : de pressantes demandesd’argent. En effet, il se lance dans des combinaisons financières qui,toujours, finissent par mal tourner. Aussi sollicite-t-il sa mère afin qu’ellecomble les gouffres financiers qu’il creuse. En même temps, il promet toujoursde venir lui rendre visite aux Peuples, promesse qu’il ne tient jamais. Privéde la présence de Poulet, Jeanne s’étiole. De plus, un chagrin se greffe à laséparation : Poulet a une maîtresse. Sans la connaître, Jeanne la hait,car cette femme a pris sa place dans le cœur de son fils.

Leroman s’achève sur la venue au monde d’un bébé, fille de Paul et de samaîtresse. Il confie le nourrisson à Jeanne, qui sent la vie lui revenir quandelle tient dans ses bras cette continuation de son propre enfant. Pouletreviendra-t-il auprès de sa mère ? Maupassant n’en dit rien.

Paula un côté indéniablement égoïste et irresponsable : il dilapide sansremords les vestiges de la fortune de son grand-père, puis de sa mère, et ilfaut que ce soit Rosalie qui s’oppose à ses demandes pour que l’hémorragiefinancière s’arrête enfin. En outre, l’indifférence de Paul relativement à lasolitude de sa mère est condamnable. Cependant, on peut nuancer ce sombreportrait en remarquant que Paul a des raisons de se tenir éloignée d’une mèrequi l’étouffe sous son amour. S’il était resté auprès de Jeanne, Paul n’auraiteu aucune chance d’exister en tant qu’individu, et n’aurait jamais pu fonderune famille, car Jeanne aurait tout fait pour le séparer d’une femme quioserait la supplanter dans le cœur de Poulet. Le personnage de Paul est certespeu sympathique, mais il faut reconnaître que ni son éducation défaillante nil’amour étouffant de sa mère ne sont des atouts dans la vie.

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