Une vie

par

Rosalie

Au début du roman, Rosalie est domestique aux Peuples. « C’était une Normande du pays de Caux […]. On la traitait dans la famille un peu comme une seconde fille, car elle avait été la sœur de lait de Jeanne. » Elle devient la maîtresse de Julien dès l’entrée de ce dernier aux Peuples : le misérable la séduit, de force, au jour même de sa première visite. Elle se laisse faire, car elle trouve Julien « gentil », et nourrit sans doute quelque tendre sentiment pour cette canaille, puisque le jour des noces de Jeanne et Julien, elle « pleure comme une source ». Quelques semaines après le retour du couple de son voyage de noces, Rosalie donne naissance à un enfant, Denis, fruit de ses amours avec Julien. On lui trouve alors un mari, on donne au couple une petite ferme, et elle disparaît de la vie de Jeanne pendant vingt-quatre ans.

Quand elle retrouve Jeanne vingt-quatre ans après la naissance de Denis, Rosalie est devenue « forte, colorée, puissante ». Elle est veuve, a su faire prospérer le bien reçu lors de son mariage, et a fait de son fils un homme droit et travailleur. Son parcours apparaît comme l’inverse de celui de Jeanne, puisque, à force de travail, elle a su s’élever alors qu’elle partait du plus bas sur l’échelle sociale, tandis que Jeanne, indolente, a tout perdu et tout raté. Elle prend en charge ce qui reste du patrimoine de Jeanne, la protège des ruineuses demandes d’argent de Paul. Sans Rosalie, Jeanne aurait sombré dans la misère la plus noire.

Jeanne est l’archétype du personnage de servante généreuse : objet sexuel pour les mâles de la famille qu’elle sert, fille-mère malgré elle, objet de la réprobation de Jeanne alors que, somme toute, elle aussi a été une victime de Julien, elle pardonne à sa maîtresse et la soutient le moment venu. Dure au travail, elle élève l’enfant fruit de sa liaison avec Julien, consolide sa position sociale, et c’est elle qui, à la fin du roman, dirige la maison de Jeanne et la sauve de la ruine. Son rude bon sens et sa générosité naturelle lui ont fait parcourir un chemin inverse à celui de sa sœur de lait : Jeanne connaît la déchéance sociale et financière tandis que Rosalie améliore au contraire sa situation sur ces deux plans.

C’est Rosalie qui exprime, avec son rude bon sens, la conclusion du roman, qui pourtant narre une vie lamentable : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. »

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