Une vie

par

Résumé

Jeanne s’apprête à sortir du couvent duSacré-Cœur où son père, le baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds, la tientenfermée depuis ses douze ans. Ignorant tout des choses de la vie, à dix-septans Jeanne est prête à profiter des bonheurs dont elle a tant rêvé. Elle attendson père dans la crainte que le mauvais temps le dissuade de partir. Lorsqu’ilarrive, Jeanne s’empresse de l’embrasser et le hâte de quitter les lieux, maiscelui-ci n’y consent que si son épouse est d’accord. Jeanne se précipite doncvers sa mère Adélaïde qui accepte malgré le déluge. Après un long trajet, ilsarrivent au manoir normand nommé les Peuples, qui sera désormais sa résidence.Jeanne gagne sa chambre après avoir dîné avec son père, la contemple longuementet finit par se coucher. N’arrivant pas à trouver le sommeil, elle se lève etouvre la fenêtre afin d’admirer le paysage, savourant l’air frais de lacampagne et rêvant d’amour, emplie de bonheur. Le lendemain, Jeanne et son pèrevisitent le parc puis vont à Yport après le déjeuner : « Jeanneregardait tout cela qui lui semblait curieux et nouveau comme un décor dethéâtre ».

C’est le début d’une nouvelle vie pour Jeanne,libre de vagabonder, rêver, gambader dans les environs. Elle se complaît dansla solitude et la contemplation de la nature, profitant de cette toute nouvelleliberté. Souvent, elle remplace Rosalie, la domestique, qui est aussi sa sœurde lait, pour s’occuper de sa mère atteinte d’hypertrophie. Elle la promène etlui raconte ses souvenirs d’enfance, ses exploits de la journée : « Jeannealors, bondissant par-dessus les aventures commencées, s’élançait vers l’avenirpeuplé de joies ». Un après-midi, elles aperçoivent un gros prêtre,l’abbé Picot, qui complimente Jeanne pour sa bonne mine, leur raconte deshistoires et décide de leur présenter un nouveau paroissien, M. le vicomte deLamare.

Le dimanche suivant, Adélaïde et Jeanne serendent à la messe et attendent l’abbé Picot après l’office pour l’inviter àdéjeuner. Celui-ci sort accompagné d’un jeune homme, le vicomte en question, etle présente aux deux femmes, immédiatement séduites. Deux jours plus tard, celui-cileur rend visite. Suite à cela, il est invité à dîner la semaine suivante, puisil vient régulièrement au manoir. Le baron, le vicomte et Jeanne se rendent àYport où ils admirent le paysage, émerveillés. Puis Jeanne et le vicomte vontse promener seuls en parlant d’eux, de leurs habitudes, de leurs goûts. Au furet à mesure de la journée, ils se rapprochent : « Oh ! Jeanne sivous vouliez, ce seraient nos fiançailles ». Jeanne apprend en outre quele vicomte s’appelle Julien.

Un matin, le baron annonce à sa fille queJulien lui a demandé sa main. Le baron et la baronne ne sont pas réticents à cemariage bien que Jeanne soit bien plus riche que le jeune homme. Jeanneaccepte. La cérémonie est donc prévue pour le 15 août, soit dans six semaines.Cependant, il est convenu que seule Lison, la sœur de la baronne, assiste àl’union, Julien n’ayant plus de famille. Une fois mariée, Jeanne attend lesjoies à venir et les bonheurs rêvés. Les deux amoureux s’isolent et Julien luiannonce : « Ce soir vous serez ma femme ». Jeannesurprise ne comprend pas vraiment les mots de son mari, ignorant tout deschoses de la nature. Celle-ci fuit le contact physique de Julien, apeurée etgênée. Lors du dîner, le baron amorce le sujet avec sa fille. Une fois les deuxjeunes mariés dans la chambre de Jeanne, Julien lui demande de lui donner lapreuve de son amour. Jeanne ne comprend pas ce qu’il attend d’elle et repousseses avances. Vexé, il la force et la possède : « Elle se mit àgémir, tordue dans ses bras, pendant qu’il la possédait violemment ».C’est une première désillusion pour la jeune femme.

Quatre jours plus tard, une berline les attendpour les emmener à Marseille. Bien que les rapports intimes la répugnenttoujours, Jeanne trouve Julien beau, l’aime et se sent de nouveau heureuse.Lors des adieux à ses parents, la baronne remet à sa fille une lourde boursecontenant deux mille francs pour ses dépenses de jeune épouse ; aussitôtJulien montre de l’intérêt pour cet argent. Après huit jours de route, ilsarrivent à Marseille et partent pour la Corse dès le lendemain dans un petitpaquebot. Jeanne est ravie et émue par l’horizon qui se dessine devant elle.Julien, ayant envie d’elle, demande une chambre en plein jour, ce qui metJeanne mal à l’aise ; elle lui en veut de son manque de délicatesse :« J’ai envie de toi. Tu comprends ? ». Une fois sur place, aprèsavoir déterminé leur itinéraire, ils louent des chevaux pour longer le golfepuis s’enfoncer dans une vallée allant vers les grands monts et enfin descendreen contournant le golfe de Sagone. Julien ne comprend pas que sa femme puisses’émouvoir devant le paysage. Durant deux mois, ils voyagent ; peu à peuJeanne se sent triste et Julien devient indifférent. Jeanne souhaite profiterde son passage à Paris pour faire des achats afin de parfaire leur installationaux Peuples et demande à son mari de lui rendre l’argent de sa mère. Mécontent,il ne lui donne que cent francs. Huit jours plus tard, ils rentrent auxPeuples.

De retour chez elle, Jeanne cherche uneoccupation, sachant que Rosalie, la domestique s’occupant de l’intendance dumanoir. Elle s’aperçoit alors que désormais, elle n’aura plus jamais rien àfaire et que cette triste réalité doit remplacer ses espérances entretenuespendant ses années de couvent. Effrayée par ces désillusions et l’effondrementde ses rêves, elle décide d’aller prendre l’air et s’assoit sur le talus oùpour la première fois elle avait parlé d’amour avec Julien. Les journées dumois qui suit sont monotones. Ses relations avec Julien changent, toute traced’amour disparaît, il ne s’occupe plus d’elle et ne pénètre que rarement danssa chambre : « Il était devenu un étranger pour elle ».Julien prend alors la direction de la fortune et de la maison, faisant le plusd’économies possible. Le baron et la baronne partent en voyage, laissant Jeanneet Julien seuls.

Jeanne s’ennuie, n’ayant rien d’autre à faireque regarder par la fenêtre, rêver et assister impuissante aux besoinsd’autorité et d’économies de son mari. Même Rosalie perd petit à petit sagaieté. Un matin enneigé, Jeanne appelle Rosalie plusieurs fois mais celle-cine répond pas. Jeanne finit par trouver sa sœur de lait à terre, livide, entrain de mettre au monde un enfant. Julien ne souhaite pas héberger ce bâtard, neconnaissant pas le père. L’enfant est donc placé en nourrice chez une voisine.Jeanne tente d’obtenir de Rosalie le nom du père de son enfant, en vain. Unsoir, Julien propose à Jeanne qu’ils dorment tous les deux. Celle-ci refuse, prétextantse sentir mal. Transie de froid et angoissée durant la nuit, Jeanne décided’aller voir Rosalie, mais celle-ci n’est pas dans sa chambre. Elle entre ensuitedans celle de Julien où elle trouve Rosalie couchée à ses côtés. Effarée, elles’enfuit. Julien souhaite s’expliquer et lui court après. Jeanne sort et se metà courir dans la neige, voulant mourir. Songeant à ses parents, elle s’arrêtefinalement, Julien la rejoint puis l’emmène dans son lit. Une fois réveillée,elle tente d’expliquer à sa mère la raison de sa fuite, mais celle-ci a pourseule réponse : « Oui, ma mignonne, tu as été bien malade ».Le baron quant à lui croit sa fille et va trouver Julien qui joue les innocentsmais finit par obtenir les excuses de son beau-père. Jeanne demande alors àvoir Rosalie et apprend que le père de son enfant n’est autre que Julien qui aabusé d’elle la première fois qu’il est venu dîner chez elle.

Jeanne découvre par la suite qu’elle estenceinte mais sa grossesse ne lui procure aucun plaisir, elle est trop accabléepar le chagrin. Rosalie est remplacée par une grosse femme robuste. La viemorne de Jeanne est troublée par la visite du couple Fourville. Jeanne voit enla femme, la comtesse Gilberte, une amie. Lors d’une promenade, une vivedouleur l’accable, elle doit donc rentrer en carriole. Après de longues heures,elle finit par accoucher d’un prématuré : « Il n’avait pas decheveux, pas d’ongle, étant venu trop tôt ». Jeanne s’éprend d’amourpour son fils qu’elle contemple nuit et jour. Un soir, après le dîner, Juliense met à hurler car Rosalie réclame vingt mille francs pour élever son enfantet pour la ferme que lui ont donné les parents de Jeanne. Julien est scandaliséqu’ils lui donnent autant d’argent alors que moins suffirait amplement.

Jeanne se remet rapidement de sonaccouchement, le couple en profite pour aller rendre visite aux Fourville et aumarquis de Coutelier. Jeanne est touchée par la gentillesse de la comtesse.Malgré son envie de voir son fils Paul, Jeanne accepte à contrecœur de resterdîner chez les Fourville. Huit jours plus tard, ils se rendent chez lesCoutelier mais le séjour ne se passe pas très bien, ils n’ont pas la mêmeapproche du monde qu’eux. Le couple se lie de plus en plus avec les Fourville.Au printemps, ils partent faire des excursions à cheval tous les quatre. Lecomte et Jeanne s’entendent bien tandis que Julien et Gilberte se rapprochent.Un matin, voyant que Julien est absent, Jeanne scelle son cheval et part à sarecherche. Tout à coup, elle aperçoit les chevaux de Julien et Gilberteattachés, elle va donc au trot jusqu’à eux puis les attend sans qu’ilsreviennent. Elle comprend alors. Trahie une deuxième fois par son mari et parcelle qu’elle croyait être son amie, elle rentre aux Peuples. Ses parentsannoncent leur retour pour le 20 mai. Dès qu’elle aperçoit sa mère, elle serend compte que son état s’est empiré, celle-ci meurt quelques semaines plustard. La nuit du décès de sa mère, Jeanne trie ses papiers et trouve deslettres adressées à sa famille. En les lisant, elle découvre que sa mèreentretenait une liaison avec un ami de la famille, Paul d’Ennemare :« Viens ce soir dès qu’il sera sorti. Nous aurons une heure. Je t’adore. »De peur que son père n’apprenne cette trahison, Jeanne jette les lettres dansla cheminée. C’est une nouvelle déception pour elle.

Les jours suivants sont tristes, vides. Lamaison entière est imprégnée des souvenirs de la morte. Le secret de sa mèredevient pesant pour Jeanne. Le baron part, ayant besoin de se changer lesidées. L’envie d’enfanter une petite fille pour jouer avec Paul vient à Jeanne.Se sentant seule, elle décide de trouver l’abbé Picot et de lui confier sondésir d’enfant. Cependant Julien refuse tout moment de tendresse, de peur queJeanne ne tombe de nouveau enceinte. Jeanne décide alors de jouer la comédiepour avoir un second enfant de son mari : l’abbé lui conseille de fairecroire à tout le monde qu’elle attend un nouvel enfant pour endormir laméfiance de Julien, et la ruse porte ses fruits, Julien recommence à se rendredans la chambre de sa femme, qui tombe réellement enceinte. Jeanne se sent denouveau heureuse.

L’abbé Picot est remplacé par le détestableabbé Tolbiac ; cependant, Jeanne s’entend bien avec lui. Il lui avouequ’il a découvert la liaison de Julien et Gilberte. Un jour, M. de Fourville serend aux Peuples, cherchant sa femme. Jeanne lui dit qu’elle n’est pas là, etcomprend à son attitude que le comte sait tout. Hors de lui, le comte part à sarecherche, aperçoit une « maison roulante » sur le bord d’une falaiseet après s’être assuré que les deux amants sont à l’intérieur, la pousse dansle ravin. Le soir, Jeanne accouche d’une fille mort-née.

Après trois mois cloîtrée dans sa chambre,Jeanne se ressaisit, ayant cependant gardé des séquelles de son traumatismesous la forme d’une maladie nerveuse. Les rares visites qu’elle reçoit sontcelles du maire et du médecin. Pensant l’abbé Tolbiac responsable de la mort deson mari, Jeanne ne se rend plus à l’église. Paul demeure la seule compensationà son malheur. À dix ans, celui-ci est turbulent, ignorant, rejetant touteforme d’éducation. Il est défendu par ma mère qui préfère le voir jouer. Àdouze ans, une première difficulté surgit, la première communion. Paul commencedonc le catéchisme avec l’abbé Tolbiac mais durant deux ans, son instruction sepasse mal. Paul ne fait donc pas sa première communion, ce que blâment lespaysans. Le baron décide de se charger de l’éducation de son petit-fils en lemettant au latin malgré les inquiétudes de Jeanne qui le surprotège. À dix-septans, Paul est envoyé en pension au Havre où il suit de piètres études etdevient un homme, ce que Jeanne ne parvient pas à accepter : « Bienque Paul eût la tête de plus que sa mère, elle le traitait toujours comme unmarmot ». Peu à peu, Paul espace ses visites aux Peuples. Jeanne serend alors à l’évidence : son fils grandit. Jeanne et son père se rendentau Havre suite à une demande d’argent de Paul. En arrivant, ils apprennent quePaul n’a plus été vu à la pension depuis un mois. De retour aux Peuples, ilsdécouvrent que Paul cumule quinze mille francs de dettes. Jeanne n’en tient pasrigueur à son fils et continue de le choyer. Un soir, il ne rentre pas. Aprèsdes recherches infructueuses, Jeanne reçoit une lettre de Paul lui apprenantqu’il est à Londres accompagné d’une femme qu’il aime et qu’il a besoind’argent. Jeanne lui envoie ce qu’il demande et n’a plus de nouvelles pendantcinq mois, jusqu’à ce qu’il lui demande de nouveau de l’argent. Après un an, lebaron et Jeanne se rendent à Paris pour le retrouver, mais Paul est reparti àLondres où il a monté une compagnie de paquebots qui fait faillite trois moisplus tard. Un soir, le baron meurt d’apoplexie. Rosalie rend visite à Jeanne, àla grande surprise de celle-ci.

Rosalie prend en main le gouvernement duchâteau et conseille à Jeanne de vendre les Peuples et de ne plus rien donner àPaul. Le lendemain, elles reçoivent une lettre de ce dernier, demandant encorede l’argent. Jeanne refuse de l’aider financièrement une fois de plus :« je ne puis plus rien pour toi ». Un mois plus tard, lesPeuples sont vendus. Jeanne achète alors une petite maison bourgeoise auprès deBatteville et déménage, devant renoncer à la plupart de ses meubles, la maisonétant trop petite.

Les jours suivants sont consacrés àl’aménagement de la maison. Jeanne s’y plaît dans un premier temps, bien quequelque chose lui manque et qu’elle ne sache pas quoi. Puis la solitude et latristesse la gagnent : « Personne ne s’occupait d’elle ».Les souvenirs de son fils, des Peuples, de ses parents la hantent. Jeannedécide d’écrire une lettre éplorée à son fils, le suppliant de revenir auprèsd’elle. Paul lui répond quelques jours plus tard qu’il ne peut venir que sielle lui envoie de l’argent ; il fait en outre l’éloge de sa compagne à samère. Jeanne est jalouse de celle qui lui a arraché son fils et le prévientqu’elle va venir le voir à Paris. Mais Paul ne répond pas. Jeanne se rend quandmême à Paris où elle apprend que son fils vient de partir. Durant son séjour,elle paie les dettes de Paul puis rentre à Batteville.

Jeanne se terre alors dans sa souffrance,restant des journées immobile dans l’obscurité malgré les tentatives de Rosaliepour la faire sortir. À l’aide de calendriers conservés, elle se remémore lesdifférents moments de sa triste vie. Un jour, elle reçoit une lettre de Paullui annonçant que sa femme est mourante après avoir accouché d’une petite filleet demande à sa mère si elle peut se charger de l’enfant. Rosalie va lachercher à Paris et les deux femmes décident de s’en occuper ensemble. Rosalieapprend à Jeanne que la compagne de Paul est morte dans la nuit et que celui-cirentrera après son enterrement. Jeanne voit alors l’enfant, sa petite-fille, etse met à l’embrasser passionnément. Rosalie commente alors : « Lavie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».

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