Voix Endormies

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La place de l’Église catholique dans la vie des personnages de Voix Endormies

La République espagnole ne fut pas l’amie del’Église catholique, qui le lui rendit bien. Prenant fait et cause pour lesrebelles nationalistes, l’Église s’installa au cœur du système franquiste, ettout particulièrement dans le système carcéral. Certains ordres religieuxétaient spécialisés dans la garde des détenues, comme en témoigne la présencede la redoutée sœur Maria de los Serafines à Ventas. Que le lecteur ne s’ytrompe pas, la charité chrétienne ne faisait pas partie des pratiquesquotidiennes en prison : « Les religieuses non plus ne sont pasbonnes, alors qu’elles ont l’obligation de l’être. Mais non, on dirait plutôtde vieux gendarmes. » Là-bas, chaque matin, les détenues doivent assisterà la messe et supporter ce qu’elles entendent : « Elles écoutèrent,sans baisser la tête, les imprécations que le curé leur adressait dans sonhomélie : – Vous êtes des scories, et c’est la raison pour laquelle vousêtes ici. Et si vous ne connaissez pas ce mot, je vais vous dire ce que scoriessignifie. Merde, cela veut dire merde. » La religion officielle accompagneles détenues jusqu’au bout, y compris avant l’exécution des condamnées. Mais làencore, la consolation a un prix : le reniement des convictions qui ontsoutenu ces femmes pendant leur combat et leur détention. Les dernières heuresd’une condamnée mère d’un bébé et promise au peloton d’exécution sont ainsidécrites : « La novice l’a accompagnée à la chapelle et […] elleest restée dehors toute la nuit avec le bébé. Et […] le bébé n’a pas arrêtéde pleurer de faim, pauvre petite. Le curé a voulu la convaincre de seconfesser et de communier. Il lui a dit que […] si elle se mettait en règleavec Dieu, il lui laisserait donner le sein à la petite. » Il n’est pasquestion ici de bonté ni de charité ; il n’est question que de répression.

         Onnotera enfin que la religion officielle est présente jusque dans les plussombres recoins de la machine répressive du régime, les sallesd’interrogatoire : « Il y avait un crucifix sur le mur de cette piècedu second étage. » Là, sous le regard de bois du Christ crucifié, on batles suspectes, on les tient agenouillées pendant des heures sur des pois chichesqui leur meurtrissent les genoux, et on verse du vinaigre sur leurs plaies.

         Àl’extérieur, la religion est présente également, dans le quotidien depersonnages comme Don Fernando et son épouse qui se rendent rituellement àl’office dominical, ou dans celui de Pepita, qui n’est pas communiste, et qui aconservé une foi naïve. Elle monnaye les faveurs des saints par le don decierges plus ou moins gros, en plus ou moins grand nombre : « Un pourque tu me dises si Jaime est en vie, et un pour que tu me trouves dutravail », dit-elle à la statue de San Judas Tadeo, saint patron descauses désespérées. « Je vois bien que tu réponds aux vœux un par un. […]Un vœu impossible : un cierge, et une grosse pièce. » Cela témoigned’une pratique ancestrale et inoffensive que quelques années de républiquen’ont pas éteinte dans le peuple espagnol. De même, quand elle tente d’obtenirune remise de peine pour son Paulino-Jaime, c’est à un dignitaire de l’Églisequ’elle s’adresse afin qu’il intercède auprès de Franco, et non pas à unfonctionnaire civil, si haut placé qu’il soit. Cependant, l’Église demeureinflexible quand Pepita et Paulino-Jaime veulent se marier alors que ce dernierest détenu à Burgos : il est communiste et pour se marier, il doit, enquelque sorte, abjurer. Pas de renonciation au communisme, pas de mariage, doncpas de visites au prisonnier. VoixEndormies montre au lecteur une Église dure et fort éloignée de la lettreet de l’esprit des Évangiles, seulement au service du régime en place. 

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