Voix Endormies

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La réalité de la Guerre d'Espagne dans Voix Endormies

Même si toutes les guerres sont laides, on acoutume de dire que les guerres civiles le sont encore plus, et la guerred’Espagne n’y a pas fait exception. Voixendormies évoque sans détours massacres et exécutions, dans les deux camps.Si Don Fernando décide d’abandonner la médecine et la lutte aux côtés des républicains,c’est à la suite de « l’évacuation des prisonniers politiques de la prisonModelo. » Ce massacre de prisonniers politiques nationalistes –franquistes – par les forces républicaines a eu lieu pendant la premièrebataille de Madrid, à la fin de 1936. Don Fernando « a vu mourir lesprisonniers. Il ne s’est pas éloigné des gardiens qui tiraient, jusqu’à ce quela tuerie ait pris fin. […] Ils étaient peut-être mille à mourir. » Demême, quand la guérilla exécute quelqu’un qu’elle considère comme un traître,elle le fait sans fléchir. Mais malheur aux vaincus ! Quand les forcesnationalistes triomphent, c’est une vague de brutalité sans nom qui s’abat sur l’Espagne.Quand on arrête des républicains ou des hommes soupçonnés de l’être, on sépareles hommes et les femmes, on les enferme, « même les cinémas de la villeont servi de prisons improvisées. Même certains couvents ont servi de centresde détention. » Quand on transfère les prisonniers vers Madrid, c’est entrain et dans des conditions difficiles : « Le premier jour, il leuront donné une orange et une sardine à l’huile. Le troisième une moitié dequignon de pain noir. » Aucun républicain n’est à l’abri, les femmes sonttondues, les hommes battus, on leur fait boire de l’huile de ricin, comme à labelle-mère de Reme : « elle avait beau se mettre les doigts dans labouche pour se faire vomir, et cracher le fond de ses entrailles, elle n’a pastardé à rendre l’âme. » La répression est sans pitié : un jour, unhaut responsable nationaliste est tué dans une attaque, avec sa fille et sonchauffeur : « Trois morts. Et pour chacun, ils décidèrent d’en tuervingt. Soixante jeunes des Jeunesses socialistes unifiées furent jugés etcondamnés. […] Pour l’exemple. En deux jours, ils furent tous conduits au murd’exécution. » Les Treize Roses faisaient partie de ces jeunes gens. Quandon est arrêté, parfois suite à une simple dénonciation, l’interrogatoire estbrutal et mène parfois à la mort : « – Elle a avoué ? – Elleaurait mieux fait », telle sera la seule épitaphe d’une républicaine mortesous les coups de ses bourreaux.

         Aprèsla fin officielle de la guerre, la guérilla républicaine poursuit le combat. LaGuardia Civil les affronte durement, comme en témoigne Voix Endormies : le village d’El Llano a été brièvement occupépar les guérilleros républicains qui ont désarmé les forces de l’ordre et ontété nourris par la population. Les conséquences sont terribles, le village« avait été rasé, les gardes civils qui avaient rendu leurs armes avaientété fusillés, les habitants chassés, leurs maisons brûlées, et on leur avaitinterdit de revenir sur leurs terres, ou de s’en approcher à une distance decinquante kilomètres. » Les guérilleros comme Paulino et Felipe, rejointspar Elvira, combattent dans des conditions extrêmes, brûlés par l’impitoyablechaleur de l’été espagnol : « malgré les branches vertes quirecouvrent le toit, la chaleur à l’intérieur de la tente fait suffoquer. »Elvira « se souvient avec horreur des nuits de marche, des pas enfoncésdans la neige, des membres gelés en traversant les rivières, même après s’êtreenduits de baume. » Les guérilleros vivent en hommes et femmes des bois,renonçant à toute hygiène ou raffinement : « Les effluves qui émanentpar vagues du corps de son frère […] lui donnent la nausée », car« il faut sentir le maquis, […] pour qu’on ne puisse pas nous suivre àla trace. », « le maquis sale et en sueur, lourd, chaud, pesant etanimal. » Jamais de repas chaud, jamais de savon. Aussi, les membres dugroupe adoptent de nouveaux noms, afin de ne pouvoir dénoncer personne en casde capture et d’interrogatoire. Quand on est tué au maquis, une ultimehumiliation est réservée au combattant : « La Garde Civilephotographia le cadavre […] de chacun des guérilleros et exposa leursportraits dans les vitrines des magasins de la région. » Dans quelbut ? Afin que la police surprenne l’émotion des proches frappés par ledeuil, afin de les arrêter à leur tour et de les interroger. Alors ils« regardaient les portraits, tentant de maîtriser leur émotion, pour queleur visage ne les trahisse pas en reconnaissant un proche ou un ami. »

         Voix Endormies est un précieux etémouvant témoignage, car il redonne vie à des événements qu’une nation meurtriea cachés sous le boisseau de l’oubli, faute de pouvoir regarder en face unpassé bien souvent insupportable. 

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