Claudine à l'école

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L'adieu à l'enfance et l'entrée dans l'âge adulte

Avec Claudine à l’école, Colette décrit un moment essentiel de la vie : l’adieu à l’enfance. Aujourd’hui, on dirait que Claudine et ses camarades sont des adolescentes, mais en 1900, on quittait l’enfance pour entrer directement dans l’âge adulte. L’enfance, c’est le monde de l’école, des jeux, de l’insouciance ; l’âge adulte, c’est le travail, le mariage, l’amour.

Claudine a passé toute sa vie à Montigny, et elle sait qu’elle quittera dans quelques mois son cher village. Montigny, ce sont les vieilles rues pas même pavées, la rivière, les bois odorants et les plantes, les animaux : tout ce qui a été le décor de sa vie. Dans quelques semaines, Claudine sera privée de tout cela, comme le fut Colette quand elle quitta son village en épousant Willy et en gagnant la capitale. Partir pour Paris, c’est quitter les camarades de classe ; de toute façon, celles-ci vont elles-mêmes vivre leur vie : Anaïs et Luce à l’École Normale, Marie sans doute bientôt mariée à quelque brave garçon. Paris, c’est l’adieu à ces jeux d’enfants auxquels on joue encore dans la cour de récréation, à ces farces d’écolière, comme apporter de la neige en classe, à cette « danse sauvage » à laquelle se livre Anaïs pour exprimer sa joie, à la chieuvre qui, comme son nom l’indique, imite le pas de la chèvre.

L’âge adulte, c’est les garçons, enfin, les hommes. On a déjà gentiment séduit les proies faciles que sont les gars du village, on a essayé ses charmes juvéniles sur le ridicule sous-maître Rabastens, qui se croit irrésistible, en soignant sa tenue vestimentaire les jours de leçon de solfège. Mais l’âge adulte, c’est aussi les mâles dangereux, comme le docteur Dutertre, qui est un prédateur. Claudine est effrayée et scandalisée par Dutertre, mais un peu troublée aussi : elle ne peut s’empêcher de rougir quand le conseiller cantonal la serre de trop près. Et l’âge adulte, ce sera peut-être, sûrement même, l’occasion de connaître des amours différentes et que la morale de l’époque réprouve, des amours comme celles que vivent Mlle Sergent et Aimée Lanthenay.

L’âge adulte, c’est être femme, ne plus être obligée de brider ses choix à cause du règlement intérieur de l’école, ne plus laisser les autres décider. Ce sera quitter la bibliothèque paternelle où l’on se réfugie, comme dans un cocon, avec pour seuls compagnons les livres et Fanchette la chatte, et affronter le monde, la vie. L’âge adulte, enfin, ce sera céder à cette aspiration profonde et indéfinissable que Claudine sent grandir en elle, cet appel, ce besoin d’abandon confiant : « j’aimerais danser avec quelqu’un que j’adorerais de tout mon cœur, parce que j’aurais voulu avoir là ce quelqu’un, pour me détendre et lui dire tout ce que je ne confie qu’à Fanchette ou à mon oreiller (et même pas à mon journal) ». L’âge adulte, ce sera l’amour : aimer et être aimée.

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