Claudine à l'école

par

Luce Lanthenay

La sœur mal aimée d’Aimée Lanthenay est une « petite créature […] à démarche singulièrement souple, et qui paraît treize ans, avec une figure un peu plate, des yeux verts, le teint frais, les cheveux soyeux et foncés ». Elle intègre l’école de Montigny en cours d’année scolaire. Depuis toujours, elle vit dans l’ombre de sa sœur : moins jolie, moins charmante, elle passe pour moins intelligente et ses résultats scolaires sont effectivement médiocres. Mais comment en serait-il autrement, puisqu’elle ne reçoit d’encouragement de personne ? Claudine lui fait un peu peur : elle la vouvoie, mais elle brûle d’obtenir son amitié, et plus encore. La jeune reine de la classe lui annonce d’emblée les règles du jeu : « Écoute, jeune Luce, tu vas tâcher d’être sage et obéissante à côté de moi ? Sinon je te promets des taraudées et des pinçons, gare ! » Et Claudine tient parole : elle la rudoie, la bat, l’appelle « petit singe », et Luce l’appelle en retour « Votre Altesse ». Elle quête l’amour de sa camarade et va jusqu’à adresser une lettre à sa « Claudine chérie » : « Vois pourtant comme on pourrait être contentes toutes les deux ; regarde ma sœur Aimée avec Mademoiselle, elles sont si heureuses qu’elles ne pensent plus à rien. » On ne saurait être plus clair : elle voudrait suivre l’exemple donné par sa sœur.

Luce est d’abord une jeune fille en quête de reconnaissance et d’affection, mais elle s’est installée dans une position de soumission permanente aux circonstances et aux gens : dès son arrivée, elle subit les méchancetés gratuites d’Anaïs sans réagir, puis choisit Claudine pour tourmenteuse attitrée. Quand cette dernière la frappe, la griffe, lui impose de douloureuses brimades physiques, elle accepte, se pelotonne comme un jeune chat, puis se fait caressante et se blottit contre le cou de celle qui la domine. Elle l’avoue : « J’aime bien avoir un peu peur, quand il n’y a pas de danger du tout. » Elle a clairement une attitude soumise dans une relation sadomasochiste. Son rêve : voir s’établir entre Claudine et elle une relation semblable à celle que vit sa sœur avec Mlle Sergent. Il ne s’agit pas d’homosexualité mais de bisexualité, puisque la jeune Luce, lors du bal qui clôt le roman, danse à perdre haleine avec nombre de jeunes hommes, et prend grand plaisir à essayer ses armes de jeune séductrice.

Son seul moment de vrai bonheur est à la fin du roman, quand Mlle Sergent est humiliée publiquement, devant Aimée toute décontenancée : Luce « se tord sur une banquette, pleurant de joie, et, sur la figure, une telle expression de bonheur » que Claudine est elle-même gagnée par le rire. Si Luce est soumise quand la relation est consentie, elle n’en a pas moins été blessée par les mois cruels passés sous la férule de Mlle Sergent et de sa sœur. 

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