Claudine à l'école

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Une belle peinture de l'école d'autrefois

Claudine à l’école ouvre pour le lecteur une porte vers un passé révolu : celui de l’école des hussards noirs de la République, bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. À ce titre, le roman offre un témoignage précieux, portrait d’une institution qui a certes perduré mais profondément évolué.

1899, c’est l’époque où l’on construit de belles et solides écoles partout en France, véritables temples républicains où sera prêchée la parole de l’État. La dernière année scolaire de Claudine voit s’élever les bâtiments neufs de la nouvelle école, moderne, propre, à l’opposé de celle « délabrée, malsaine mais si amusante » qui est appelée à disparaître. La mixité n’existe pas : filles et garçons sont strictement séparés, les filles reçoivent l’enseignement d’institutrices, les garçons d’instituteurs. La discipline y est basée sur la sanction : tout manquement, toute erreur sont sanctionnés par des punitions : lignes à copier, verbes à conjuguer, rédactions. Que l’on se montre insolent ou que l’on ait renversé un encrier par simple maladresse, la sanction tombe automatiquement. Cependant, qu’on n’en déduise pas que l’école de Montigny soit une triste prison : on s’y amuse, aussi. La cour de récréation résonne des cris des enfants qui jouent à des jeux de poursuite, à la grue. Et puis après tout, un règlement, cela se contourne, et les élèves ne s’en privent pas ; ce ne sont pas les enfants sages que l’on imagine parfois aujourd’hui.

Qu’enseigne-t-on à l’école de Montigny ? Comme partout en France : la calligraphie (« Vous êtes priées, Mesdemoiselles, d’exécuter une ligne de grosse cursive, une de moyenne cursive, une de fine cursive, une de grosse ronde, une de moyenne ronde, une de ronde fine, une de grosse bâtarde, une de moyenne et une de fine. »), la lecture et la grammaire, et la rédaction qui est supposée induire l’abstraction, et puis l’arithmétique. On enseigne aussi l’histoire – dates et suites chronologiques sans la moindre réflexion – et la géographie (« tâchez de me dire comment vous iriez, en bateau, d’Amiens à Marseille »). Enfin, on apprend la technique du dessin et des rudiments de musique, le chant en particulier. Dans ces enseignements, le par cœur tient une place prépondérante. Les filles apprennent la couture, les garçons la menuiserie. Claudine et ses camarades sont aussi évaluées en anglais, dont l’enseignement est totalement coupé de la réalité de la langue et de son contexte. Bref, c’est un enseignement qui paraît aujourd’hui daté, et c’est bien normal. Il est remarquable cependant de noter que cet enseignement profite à tous, filles et garçons, enfants de paysans et de bourgeois. En outre – cela n’est pas précisé dans le livre mais tombe sous le sens pour le lecteur –, cet enseignement est gratuit.

En 1899, la fin des études primaires est sanctionnée par le Brevet, élémentaire ou supérieur. Ce viatique est essentiel, car il ouvre les portes des études plus longues, en particulier des Écoles Normales où l’on apprend à devenir, à son tour, enseignant. C’est pour les enfants de paysans et d’ouvriers une façon d’échapper à une vie de labeur éreintant. C’est ainsi qu’Aimée Lanthenay a fui sa famille pauvre où, en plus, on la battait ; c’est la voie que suivra la grande Anaïs. Toutes les filles ne rêvent cependant pas de devenir institutrice et les problèmes abstraits et autres dissertations sur le théâtre français classique rebutent nombre d’élèves, comme le montre la touchante écolière qui échoue au brevet, après des années de souffrance scolaire. Mais l’école publique, laïque, gratuite, et obligatoire, était un extraordinaire ascenseur social qui permettait à tous, filles et garçons, riches ou pas, de s’élever sur l’échelle sociale. Les contenus et la forme des enseignements nous paraissent aujourd’hui austères et obsolètes, mais ils représentaient alors un extraordinaire progrès.

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