Claudine à l'école

par

Mlle Sergent

Prénommée Olympe, comme Olympe Terrain qui fut la dernière institutrice de Colette, elle est la directrice de la petite école de Montigny, sur laquelle elle règne sans partage. Quand elle prend ses fonctions, Claudine la voit arriver d’un œil hostile : cette « intruse » lui paraît « rien moins que bonne ». C’est une « rousse bien faite, la taille et les hanches rondes, mais d’une laideur flagrante, la figure bouffie et toujours enflammée, le nez un peu camard, entre deux petits yeux noirs enfoncés et soupçonneux. » Cependant, Claudine se voit forcée d’admettre que celle qui va devenir son adversaire est une « institutrice tout à fait supérieure ». Elle est affligée d’un caractère cassant et dotée « d’une volonté qui serait admirablement lucide si la colère ne l’aveuglait parfois ».

Dès son arrivée, elle fait des avances à Claudine, dont elle souhaite faire sa favorite. Devant le refus insolent de celle-ci, elle jette son dévolu sur son adjointe Aimée Lanthenay, avec laquelle elle entretient bientôt une liaison au vu et au su de toutes les élèves de l’école. Mlle Sergent serait une excellente institutrice si elle ne négligeait ses devoirs afin de vivre ses amours avec Aimée : ce ne sont que câlins, chatouilles et embrassades furtives tandis que les élèves, négligées, paressent et s’amusent. La bisexualité de Mlle Sergent est ancienne, puisque le lecteur devine qu’elle connaît très intimement celle qui tient la pension où logent les candidates au brevet durant les épreuves de l’examen. Cependant, sa passion pour Aimée n’a pas affaibli l’attirance qu’elle éprouve pour le conseiller cantonal, le docteur Dutertre. Dès que ce dernier paraît, la redoutable directrice perd toute sa superbe et couve les grandes filles de l’école d’un œil jaloux si son conseiller cantonal chéri les approche, et il ne s’en prive pas. Elle va jusqu’à intimer l’ordre à sa chère Aimée d’aller s’isoler avec l’entreprenant Dutertre sous le prétexte d’aller observer une hypothétique fissure dans le mur neuf du bâtiment.

Tout au long du roman, elle rencontre l’opposition de Claudine, qui ne lui pardonne pas d’avoir remplacé Mlle X au poste de directrice, puis de lui avoir volé Aimée. Mlle Sergent reconnaît en l’adolescente une adversaire à sa mesure et doit user de toute l’autorité que lui confèrent ses fonctions pour empêcher Claudine d’entrer en révolte ouverte permanente. Cependant, elle sait reconnaître la supériorité scolaire de Claudine en lui confiant certaines tâches comme aider Antonin Rabastens à mener les leçons de chant. Une fois même elle lui parle d’égale à égale : « Vous vous êtes montrée pleine de mauvais vouloir pour moi, à mon arrivée, et vous avez repoussé mes avances, car je vous en ai fait », stupéfiante déclaration d’une adulte à une jeune fille à peine sortie de l’enfance. Mlle Sergent énonce clairement qu’elle aurait fait de Claudine la jeune reine de l’école, au prix de sa tendresse. Que l’on mesure ce comportement à l’aune de la fin du XIXe siècle ou à celle du début du XXIe, on ne peut que constater que Mlle Sergent vit dans une sphère qui n’est pas celle de la société, s’affranchissant des règles de la morale admise.

Le roman se termine sur la scène comique et pénible de l’humiliation de Mlle Sergent : elle est surprise par sa propre mère dans les bras de Dutertre lors du bal qui réunit tout le canton. La vieille dame, qui a jusqu’à ce moment montré une complète cécité sur les amours de sa fille et d’Aimée Lanthenay, la traite de « garce de fille », la poursuit de ses coups et de ses insultes. Quel sera l’avenir de Mlle Sergent à Montigny ? On peut supposer qu’elle sera déplacée vers un autre village, où sa réputation ne sera pas souillée. 

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