Pour qui sonne le glas

par

Pablo

Il est le chef de la bande de partizans quidoit aider Robert Jordan à mener à bien sa mission de sabotage. Il en est faitla description suivante : son « visage lourd et mal rasé […] étaitpresque rond, la tête ronde, elle aussi, et posée bas sur les épaules. Ses yeuxétaient petits et trop écartés, ses oreilles petites et collées au crâne.C’était un homme haut et large avec de grands pieds et de grandes mains. Sonnez était cassé, sa bouche coupée à un coin et une cicatrice qui traversait lalèvre supérieure et la mâchoire inférieure apparaissait à travers les poussesde barbe qui couvraient son visage. » De façon récurrente, Hemingway faitréférence à « ses petits yeux porcins bordés de rouge ». C’est leportrait d’un bandit de grand chemin, et c’est précisément ce qu’il est, unhomme qui a été souvent frappé, blessé, mais qui a frappé et blessé, voire tuéen retour. Il ne sait pas lire, comme tous les hommes qui l’entourent :ils ne sont jamais allés à l’école.

Il est la principale source des problèmes que RobertJordan rencontre dans l’accomplissement de sa mission : Pablo estdésagréable, s’oppose directement à Robert Jordan, boit plus que de raison etutilise son ivresse pour provoquer le jeune Américain. Mais qu’on ne s’y trompepas : Pablo est intelligent : il est le seul à voir les pointsfaibles de l’attaque du pont. En outre, Pablo est un homme rusé, mais aussicruel. Lors de la prise de la caserne de la guardia civil de sa petite ville, il a crevé les yeux dedeux gardes blessés. Plus tard, il a organisé le lynchage collectif desquelques notables fascistes. C’est un homme qui a changé. Autrefois, il étaitcourageux, comme le dit le guérillero Anselmo : « Pablo était brave dansles commencements ». Et le gitan ajoute : « Il a tué plus demonde que le choléra. » Aujourd’hui, on le traite de lâche ouvertement,son autorité est contestée, il est supplanté par sa femme – humiliationterrible. Il critique ouvertement l’attaque du pont que Robert Jordan doitmener à bien, ce qui est interprété comme de la lâcheté par les guérilleros.Mais c’est un homme fatigué, usé.

Est-il un lâche, défaut rédhibitoire aux yeux desguérilleros, des femmes et d’Hemingway, ou est-ce un réaliste qui estime que ladestruction du pont est une opération qui n’apportera rien de bon aux siens, etpas grand-chose à la cause de la République ? Robert Jordan est forcé deconstater que Pablo est un homme intelligent qui a immédiatement repéré lafragilité de l’attaque du pont, contrairement au reste du groupe de partizans.Mais c’est un homme fourbe, qui supporte les insultes afin d’endormir laméfiance de ses adversaires et dérobe le matériel nécessaire à Robert Jordanpour faire sauter le pont avant de fuir. Certes, il revient avec le groupe etparticipe à l’attaque, mais quel est son vrai but ? Se bat-il pour laRépublique ou pour lui-même ? D’un côté, il amène de nouveaux hommes quivont garnir le maigre effectif du groupe d’attaque, car, dit-il, il n’a passupporté la solitude qu’engendrent la traîtrise et la lâcheté : « En el fondo, no soycobarde. » Dans le fond,déclare-t-il, je ne suis pas un lâche. Mais, pendant l’attaque du pont, Pablodécroche avec son groupe de combattants, qu’il abat froidement, afin des’approprier leurs chevaux. Ne serait-ce pas la raison de son retour aux côtésde Robert Jordan ? À la fin du roman, les deux hommes qui ne s’aiment paséchangent pourtant une poignée de main franche et virile. Il est vrai qu’à cemoment, pour Robert Jordan, tout est consommé.

Pablo est un personnage négatif, non dépourvu dequalités mais qu’une absence totale de loyauté rend dangereux. Pilar le compareà Judas Iscariote, image ultime du traître. Mais c’est un personnage complexe,car fragile : il a tué, beaucoup, et cela le hante maintenant. Commel’écrit John Donne dans l’extrait du poème qui ouvre le roman, « Nul Hommen’est une Isle » : comme Robert Jordan, Pablo n’est pas d’une seulepièce. 

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