Au bonheur des dames

par

Au Bonheur des Dames, roman d'amour

Roman naturaliste et social, reportage etétude extraordinaire sur le commerce de son temps, Au Bonheur des Damesest également un roman d’amour. L’histoire de Denise et Octave ne va pas desoi : leurs positions sociales respectives les séparent, obstacle quasiinfranchissable. De plus, le Mouret du début du roman est à peine plus policéque le jeune ambitieux de Pot-Bouille : il méprise les femmes, lesutilise puis s’en débarrasse. La femme est pour lui un outil, elle deviendraitun obstacle si la tendresse et l’amour s’en mêlaient. Pourtant, dès leurpremière rencontre, le prédateur expérimenté qu’il est perçoit en Denisequelque chose qui le touche : « il sentait chez cette jeune fille uncharme caché, une force de grâce et de tendresse, ignorée d’elle-même »Dès lors, contre l’avis général, il s’intéresse à elle, la protège, lui marqueun intérêt qui consterne son adjoint Bourdoncle.

Denise est d’emblée plus qu’une simpleemployée, au point que Mouret l’écoute : quand elle lui expose ses vuessur le commerce, « remplies même d’idées larges et nouvelles », lui,« ravi, l’écoutait avec surprise. » Comment, une femme pourrait doncpartager ses idées visionnaires ? Il pourrait échanger avec elle ? Àcette rencontre des esprits se mêle l’appel de l’amour : de Denise« montait un parfum pénétrant dont il subissait la puissance. »Denise « devenait femme, et elle était troublante, si raisonnable, avecses beaux cheveux lourds de tendresse. » Tout y est : la raison, lasensualité, la douceur. Mouret est conquis.

Qu’en est-il de Denise ? Son regard a étéattiré par Mouret avant même qu’elle ne soit embauchée comme vendeuse :« Il était grand, la peau blanche, la barbe soignée ; et il avait desyeux couleur de vieil or, d’une douceur de velours, qu’il fixa un instant surelle, au moment où il traversa la place. » Le roman est à peine entamé quele coup de foudre a eu lieu, à l’insu des protagonistes. L’amour va grandir,ignoré puis nié, avant de vivre au grand jour à la fin du roman.

Deux personnages vont, avant les deuxintéressés, avoir la certitude que Denise et Octave s’aiment. D’abordBourdoncle, dont l’instinct ne le trompe pas : il prend d’abord cetteattirance de Mouret pour une toquade, puis, quand il comprend que l’affaire estsérieuse, il tente de détourner son patron de cette jeune femme qu’il jugedangereuse. Il y a ensuite Henriette Desforges, la maîtresse de Mouret, qui ala certitude que son amant aime la vendeuse : elle se rend au magasin etdéchiffre le langage du corps des deux amoureux qui s’ignorent : Denise« tournait le dos, Mouret lui-même affectait de ne pas la voir. Dès lors,madame Desforges, avec son flair délicat de femme jalouse, ne doutaplus. »

L’amour entre Denise et Octave n’éclate quedans les tout derniers paragraphes du roman : Mouret aura beau supplier,tout offrir à Denise, elle reste impénétrable, et lui laisse même croire –involontairement – qu’elle en aime un autre. Mouret le séducteur au cœur froidpasse par tous les tourments et goûte aux délices des larmes qu’il verse dansle secret de son bureau. Il ne connaît la paix que quand Denise, « avecune impétuosité d’enfant », se jette à son cou et s’écrie :« Oh, monsieur Mouret, c’est vous que j’aime ! » La douce naturede l’honnête Denise ne cède qu’aux ultimes lignes du roman, en une apothéose,un triomphe heureux fort rare chez Zola. La formule « Tout est bien quifinit bien » ne s’applique qu’une fois dans les Rougon-Macquart :à la fin du Bonheur des Dames

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Au Bonheur des Dames, roman d'amour >