Au bonheur des dames

par

Au Bonheur des Dames : vision d'avenir social

Les conditions de travail des employés duBonheur des Dames sont dures : ils n’ont ni contrat de travail ni sécuritéde l’emploi. Ils sont soumis à l’arbitraire patronal. Pourtant, personne nesonge à se révolter : « Les vendeurs acceptaient leur situationprécaire, sous le fouet de la nécessité ou de l’habitude. » Ils sontlogés, mais dans des conditions déplorables : leurs chambres sont glacéescar sans chauffage. Ils s’y réfugient au sortir de journées de treize heures detravail qui les laissent les jambes cassées et l’esprit vide. Ces conditions detravail, qui feraient de nos jours bondir tout salarié européen, étaient lanorme et les employés des grands magasins pouvaient même passer pour desprivilégiés si l’on compare leurs conditions de travail à celles des mineurs deGerminal ou descheminots de La Bête Humaine. Le seul objectif du Bonheur des Dames,comme de toute entreprise dans une société au capitalisme flamboyant commel’était celle du Second Empire, c’est le profit, pas le bien commun.

Mais Denise entend changer cela. Elle a étéune employée pauvre et expose à Mouret les bienfaits que tous tireraient del’amélioration des conditions de travail. C’est pour Zola l’occasion d’exposerles théories des penseurs sociaux de son temps. Denise prône une entreprise« où chacun aurait sa part exacte du bénéfice, selon ses mérites, avec lacertitude du lendemain, assurée à l’aide d’un contrat. » L’employé ygagnerait en quiétude, Mouret aurait des vendeurs motivés non seulement par laguelte mais par le profit commun. Ce que décrit Zola, c’est le phalanstère, nédes réflexions de Charles Fourier et mis en pratique par Jean-Baptiste Godin(sous la forme du familistère, forme paternaliste du capitalisme social) :le travailleur est partie prenante de l’entreprise : il y travaille,l’entreprise le loge et lui offre des espaces de loisir et de culture ;ses enfants sont instruits dans les écoles financées par l’entreprise, lesdenrées alimentaires sont achetées en gros et revendues à prix réduits auxfamilles. Ce que Denise envisage, c’est un « phalanstère du négoce »auquel rien de manque ; les congés sont devenus un droit : « onremplaçait les renvois en masse par un système de congés accordés auxmortes-saisons » ; la sécurité sociale apparaît : « unecaisse de secours mutuels » ; même la retraite, luxe inouï en cestemps de précarité. Zola se laisse aller à un optimisme qui l’honore :« C’était l’embryon des vastes sociétés ouvrières du vingtièmesiècle. »

Ces remarquables avancées sociales ne verrontle jour que progressivement, au prix de luttes renouvelées. Pour le lecteur,les suggestions de Denise sont frappées au coin du bon sens, car elles ont coursde nos jours et semblent acquises. Pour Zola, elles sont inéluctables. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Au Bonheur des Dames : vision d'avenir social >