Au bonheur des dames

par

Les clientes

Les clientes du Bonheur des Dames ne sont nides aristocrates ni de grandes bourgeoises. Ce sont des femmes « encheveux », c’est-à-dire des femmes du peuple, ouvrières, employées oupetites commerçantes. Ce sont aussi des femmes issues de la bourgeoisie moyenne,et c’est sur elles que le regard de Zola s’appesantit, ce qui lui permet debrosser quelques portraits vifs et hauts en couleur.

Outre Mme Desforges, on croise Mme de Boves,d’une « beauté de Junon », qui sous couvert de la haute position deson magistrat de mari vole aux étalages du magasin, « ravagée d’un besoinfurieux, irrésistible. » Elle vole « pour voler, comme on aime pouraimer, sous le coup de fouet du désir, dans le détraquement de lanévrose ». Elle est surprise par l’inspecteur Jouve, et son cas estfroidement examiné par Bourdoncle. Ce dernier a l’habitude de ces incidents.

Mme Marty est elle aussi atteinte d’une formede névrose : l’achat compulsif. Atteinte d’une « rage dedépense », elle achète n’importe quoi. Elle ruine son prudent mari,professeur réduit à courir le cachet, qui finit par devenir littéralement foud’angoisse. Alors Mme Marty se tourne vers un de ses oncles et mangetranquillement sa petite rente.

Ce sont quelques-unes de ces moyennesbourgeoises que l’on croise au fil des pages. Grâce au Bonheur des Dames, lesproduits autrefois inaccessibles sont maintenant à leur portée. Mais le prix à payerpour cette ascension de l’échelle sociale n’est pas que celui del’étiquette : elles sont toutes victimes de « l’énorme et brutaletentation des grands magasins ». Elles incarnent ces clientes pourlesquelles Mouret nourrit un mépris absolu : qu’elles le servent, qu’ellesdeviennent folles, qu’elles y perdent famille, réputation, tout : la femmene sera jamais assez abaissée à ses yeux.

 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les clientes >