Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part

par

Vers l’autre ou contre l’autre

Lesdouze nouvelles du recueil d’Anna Gavaldasont autant de fragments d’un grand miroir où se reflète l’interconnexionhumaine. Les personnages de ces douze nouvelles sont tous des humains, maisaussi des incarnations diverses de la vie sociale. Chacun donc de sespersonnages représente à sa façon un aspect de l’être humain, surtout en tantqu’élément unitaire d’une architecture sociale.

Néanmoinschaque personnage pris individuellement ne représente pas grande chose. Eneffet ce sont à travers ses rapports avec les autres qu’il écrit l’histoire quiest la sienne et qu’il exprime donc la possibilité de moduler sa véritableidentité. Le lecteur assiste dans chacune des nouvelles à une tentative initiéepar le personnage principal de se rapprocher de ce qui est en dehors de lui.Car à l’image de la narratrice de l’Épilogue,c’est dans la connivence avec l’extérieur que l’individu accomplit sa destinée.En effet, bien qu’elle ait achevé son manuscrit, il lui reste surtout à lefaire éditer. Non seulement c’est dans la construction d’un rapport avecl’autre – ici l’éditeur – que son ambition est satisfaite, mais elle doitégalement se faire accepter par cet autre.

Lanature des rapports humains dans le recueil tient tantôt de la symbiose entreles différents personnages d’un même récit, tantôt d’un parasitisme révélateurdu comportement humain en milieu social. Ainsi dans Clic-clac observe-t-on une certaine symbiose entre le narrateur etses deux sœurs, relation typique des rapports familiaux, qui fait voir une solidaritédes liens entre les divers sujets. Les rapports symbiotiques sont plus étroits qued’autres et surmontent plus aisément les difficultés ; le bénéfice à en espérern’est pas seulement physique, mais aussi moral et psychologique, et à la fin dela nouvelle Clic-clac, le narrateurse rend bien compte que c’est grâce à la cohabitation avec ses sœurs – difficileau départ – qu’il est parvenu à une certaine maturité : « Et là, à cet instant précis, avec 54kilos de féminité, de douceur et de caresses sur mes genoux, j’ai fermé lesyeux, j’ai rejeté ma tête en arrière et j’ai pensé très fort : “Merci lesfilles”. »

DansCatgut, les rapports entre lavétérinaire et ses violeurs reposent en revanche sur un parasitisme et unevenimosité sadiques et cruels. En effet, les antagonistes en présence abusentles uns des autres, et cela au mépris des règles sociales et des sanctions prévuespar la communauté. L’héroïne du récit après s’être vengée sur la personne deses violeurs attend avec un sang froid cynique, sa condamnation : « Là, je suis assise à ma table decuisine. J’ai refait du café et je fume une cigarette. J’attends la voiture desgendarmes. J’espère seulement qu’ils ne mettront pas la sirène. » Lelecteur a ici l’exemple d’individus qui se mettent en marge de la communauté etde la norme sans en tirer une jouissance pérenne. Tous les personnages,finalement, se retrouvent dans une position ridicule pour ne pas avoir su agir en fonction de l’autre.

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