Les contes de la Bécasse

par

La Peur

Un soir paisible, à bord d’un navire naviguantsur la Méditerranée en direction de l’Afrique, six à huit hommes contemplent lepaysage en silence. Le commandant interrompt le silence pour finir l’histoired’un naufrage entamée au dîner, au cours duquel il confesse avoir eu peur. Il estinterrompu par un voyageur aguerri, silencieux jusqu’alors, qui entreprend delui expliquer que ce n’est pas de la peur qu’il a ressentie. La Peur est donc le récit des deuxexpériences où ce voyageur a vécu la peur qu’il décrit comme « quelque chosed’effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l’âme, un spasmeaffreux de la pensée et du cœur, dont le souvenir seul donne des frissonsd’angoisse. »

La première fois, c’était en Algérie, dix ansauparavant. Avec un ami et huit spahis, ils tentent de traverser le Sahara.Tout à coup, un des spahis se met à crier et la caravane s’arrête. Au loin, untambour résonne. L’un des spahis s’écrie « La mort est sur nous » etl’ami du voyageur s’effondre instantanément, foudroyé par une insolation.

La deuxième fois, c’était l’hiver précédant lacroisière méditerranéenne, dans une forêt du Nord-Est de la France, par unenuit venteuse. Le voyageur et son guide, un paysan local, se dirigent vers lamaison d’un garde-forestier où ils vont être hébergés. Leur hôte y vit avec sesdeux fils mariés et leurs épouses. Ils sont accueillis avec suspicion : enouvrant la porte, ils découvrent un vieil homme avec un fusil chargé à la main,deux grands hommes « armés de haches », et deux femmes à genoux. Legarde-forestier explique à son visiteur que le braconnier qu’il a tué il y adeux revient le hanter à la date anniversaire de sa mort. Le voyageur n’en croitrien. Au moment où il décide d’aller se coucher, le vieux saisit son fusil endisant : « Le voilà ! Le voilà ! Jel’entends ! ». Sur ce, le vieux chien endormi auprès du foyer seredresse et se met à hurler à la mort, joint en cela par les brus dugarde-forestier. Les fils empoignent leurs haches. Le visiteur commence àéprouver de la terreur. Le garde décide alors de sortir le chien dans la cour.Soudain, quelque chose se met à frôler la maison, ici et là. Et tout à coup,« une tête blanche apparut contre la vitre du judas, une tête blanche avecdes yeux lumineux comme ceux des fauves ». Le garde tire. Tout le mondereste immobile jusqu’à l’aurore. En ouvrant la porte, ils ne voient devant leseuil que le vieux chien « la gueule brisée d’une balle ». 

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