Les contes de la Bécasse

par

Saint-Antoine

Le héros éponyme du conte Saint-Antoine est un Normand, « bon vivant, joyeux, farceur, puissant mangeur et fort buveur, et vigoureux trousseur de servantes, bien qu’il eut plus de soixante ans. » Veuf et fanfaron, Saint-Antoine a la réputation d’être aussi très fort. Depuis l’invasion prussienne, il se vante de pouvoir manger une armée. Le jour où l’armée arrive dans son village de Tanneville, il se terre jusqu’à ce que le maire lui demande d’héberger un soldat prussien, « un gros garçon à la chair grasse et blanche, aux yeux bleus, au poil blond, barbu jusqu’aux pommettes, qui semblait idiot, timide et bon enfant ». Le jeune soldat ne parlant pas un mot de français, Saint-Antoine prend l’habitude de le gaver et de l’exhiber partout comme un animal de foire : « Tenez, v’là mon cochon, r’gardez-moi s’il engraisse, c’t’animal-là ! » Les deux hommes deviennent inséparables. Devant l’hilarité des habitants du village, le soldat devient soupçonneux. Un soir d’hiver, à la ferme de Haules, le soldat refuse de manger plus que son appétit ne le lui permet, mais n’échappe pas à une compétition lancée par Saint-Antoine. Tous deux se mettent à boire : « c’était une lutte, une bataille, une revanche ! À qui boirait le plus, nom d’un nom ! » Sur le chemin du retour, Saint-Antoine, vexé de n’avoir pas gagné, chahute le soldat qui, irrité, lui lance un coup de poing qui le fait chanceler. Ils se livrent un combat féroce qui se termine quand Saint-Antoine assomme le soldat. Convaincu que ce dernier est mort et craignant d’être fusillé, le paysan cache le corps dans un tombereau de fumier qu’il a acheté, qu’il ramène et renverse dans sa cour pour dissimuler le cadavre. Terrorisé et incapable de dormir, Saint-Antoine descend dans son salon. Le chien du paysan hurle à la mort toute la nuit. À cinq heures du matin, n’en pouvant plus, le paysan va voir son chien et aperçoit une forme assise sur le fumier. Craignant d’être dénoncé, il tue le soldat à la fourche, l’ensevelit, le recouvre de fumier et laisse la neige déposer une couche immaculée sur la tombe. Il va se coucher et, à son réveil, commence à se promener partout en demandant des nouvelles de son soldat. Il donne même une fausse piste qui conduira à l’arrestation de l’aubergiste du village voisin. 

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