Les contes de la Bécasse

par

Structure des nouvelles

Lastructure narrative des nouvelles de Maupassant répond à une logique récurrente,qui met l’accent sur les moments capitaux de l’histoire et s’appuie sur laconstruction fondamentale du conte : le récit commence avec une scèned’exposition où sont présentés le contexte, le décor – « Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d’unecolline, proches d’une petite ville de bains » (Aux champs) –,les personnages et leur manière de vivre – « Lesdeux aînés avaient six ans et les deux cadets quinze mois environ […] Tout celavivait péniblement de soupe, de pommes de terre et de grand air » (ibid.). Cette situation initiale permet au lecteur de s’imprégner d’uneambiance, et de mener rapidement à l’immanquable retournement de situation quiva bousculer ce contexte banal. Emploi de l’imparfait, descriptions etvocabulaire populaire tendent à créer un effet de continuité, de durée, detradition, qui rendra d’autant plus marquant l’élément perturbateur : « Les deux mères distinguaient à peineleurs produits dans le tas ; et les deux pères confondaient tout àfait » (ibid.). Trèsbrève, cette situation initiale ne forme qu’une page ou deux.

S’ensuitl’élément perturbateur, aisément reconnaissable : le temps employé change,on passe de l’imparfait au passé simple, ce qui marque une rupture, la survenued’une action soudaine. Cet évènement va de pair avec l’intrusion d’un nouveaupersonnage, le départ de l’un, une bonne nouvelle ou un fléau soudain… Tout estbon pour rompre la monotonie de la scène d’exposition. Dans Aux champs, cet élément est introduitdès la deuxième page : « Par unaprès-midi du mois d’août, une légère voiture s’arrêta brusquement devant lesdeux chaumières… ». Dans LaRempailleuse, c’est la prise de conscience par le personnage éponyme de sonamour pour Chouquet qui déclenche l’action. Ainsi, Maupassant utilise deséléments perturbateurs d’ordres variés pour bousculer le quotidien de sespersonnages.

Maisle but visé dans l’intégralité de la nouvelle demeure la chute, qui constituela fin de l’histoire. Celle-ci est toujours surprenante, en décalage total avecle reste de l’histoire, tout en demeurant cependant son élément clé puisquedepuis le début, tout est mis en place pour que le déroulement de l’actionconverge vers ce point. La chute peut être le moment d’un renouveau del’approche que l’on a de l’histoire et des personnages, et inciter à unerelecture différente. Elle peut prendre la forme de la révélation d’un traitparticulier du caractère d’un personnage dont on ne se serait pas douté –par exemple dans Un fils le cynismedu sénateur par rapport aux reproches de l’académicien – ou un élément frappantqui nous incite à remettre en question le rôle de tel personnage – la mort d’uninnocent dans la nouvelle Saint-Antoine.Il existe aussi une relation de symétrie entre le début et la fin de l’œuvre,qui permet généralement de confirmer les traits de caractère des protagonistesdont le lecteur pouvait se douter au début : la chute de la nouvelle Aux champs montre l’abandon par Charlotde ses parents, en accord avec la présentation de ces deux familles vivant dansla misère au début de la nouvelle.

Ainsi,la chute constitue l’élément principal vers lequel veut conduire Maupassantpuisqu’une fois celle-ci dévoilée, elle modifie totalement l’approche de lalecture de la nouvelle.

 

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