Les Hauts de Hurlevent

par

Hareton Earnshaw

Quand le lecteur et Lockwood font la connaissance de Hareton Earnshaw, héritier d’une lignée de propriétaires qui remonte au XVIe siècle, ils rencontrent un peu plaisant personnage : « Son costume et son langage étaient grossiers […] ; ses épaisses boucles brunes étaient négligées et hirsutes, ses moustaches empiétaient sur ses joues à la manière de celles d’un ours, ses mains étaient hâlées comme celles d’un simple laboureur. » Est-ce là un maître ? Non, c’est une innocente victime de la haine d’un homme, parce qu’il porte le nom des Earnshaw.

Hareton est le fils de Hindley et Frances ; cette dernière meurt peu de temps après sa naissance. L’enfant est élevé par un père alcoolique qui le néglige, le cajole ou le maltraite. On ne lui enseigne même pas à lire et à écrire, ce qui le fera passer, à tort, pour un imbécile. À la mort de son père, Hareton est spolié de son héritage ancestral : Hindley a tout perdu au jeu et Heathcliff est le maître. « C’est ainsi que Hareton, qui devrait être aujourd’hui le premier propriétaire du pays, a été réduit à un état de complète dépendance de l’ennemi invétéré de son père », explique Nelly. Ce qui choque l’entourage et sans doute le lecteur du XIXe siècle, c’est de voir non seulement le légitime héritier spolié, mais aussi un propriétaire, donc dominant, spolié par un enfant trouvé. L’enfant dépend donc exclusivement du bon vouloir du pire ennemi de sa famille, ce qu’exprime cruellement Heathcliff : « Maintenant, mon petit gars, tu es à moi ! Et nous verrons bien si un arbre ne pousse pas aussi tordu qu’un autre quand le même vent les courbe ! » Et Heathcliff va faire plier Hareton. Il fait de lui un valet de ferme, le laisse végéter dans une médiocrité intellectuelle, et ne manque pas une occasion de lui faire sentir le poids de son pouvoir. Heathcliff sait que Hareton est un garçon de grande valeur et cela décuple son plaisir d’avoir abaissé le fils de son ennemi Hindley de la sorte. Il dit de Hareton qu’il est « de l’or employé comme pierre de pavage ». En outre, Hareton a un défaut majeur aux yeux de Heathcliff : le garçon ressemble à sa tante Catherine, et sa présence aux Hauts est un constant rappel de l’amour perdu. Quand la fille de Edgar Linton et Catherine Earnshaw surgit dans la vie de Hareton, le brave garçon en tombe amoureux, sans oser ni savoir l’exprimer. Il est payé en retour par les moqueries de sa jeune cousine, du piètre soupirant de celle-ci Linton Heathcliff, et par les traits cruels de Heathcliff lui-même.

Malgré tous ces handicaps, Hareton sort vainqueur de ce tumulte. La mort de Heathcliff lui rend son bien, son écervelée de cousine ouvre enfin les yeux et voit quel brave garçon il est, en tombe amoureuse, lui apprend à lire, et va bientôt l’épouser. Hareton est celui qui, parce qu’il est fondamentalement bon, rompt le cercle infernal de vengeance et d’agressivité qui a failli briser la famille. Plus encore que les autres personnages, Hareton Earnshaw est une victime. Il rebute au prime abord par ses manières de rustre, mais le lecteur ne doit pas oublier que c’est là l’œuvre de Heathcliff. Comme le dit Nelly : « sa physionomie reflétait un esprit doué de qualités meilleures que n’en avait jamais possédé son père. De bonnes graines, dont la croissance négligée était étouffée, certes, par une abondance de mauvaises herbes […] ; néanmoins il y avait évidemment là un sol riche, capable de produire de luxuriantes moissons dans des circonstances différentes et favorables. » Ce sol est si riche et sa bonté si grande qu’il est le seul personnage à sincèrement pleurer la mort de Heathcliff. À la fin du roman, ce garçon de vingt-trois ans est au seuil d’une vie apaisée et heureuse. 

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