Les Hauts de Hurlevent

par

Helen Dean, dite Nelly

Nellyest la principale narratrice. Certes, son récit est rapporté par Lockwood et setrouve enchâssé dans le sien, mais elle est le témoin de nombre d’événements etquand elle n’assiste pas à quelque chose, elle trouve toujours un témoin pourlui raconter ce qui s’est passé : elle se régale des ragots du village.Elle est la mémoire vivante du drame, puisqu’elle a assisté à tout ou presque,depuis le début de l’histoire.

Elleest domestique auprès des Earnshaw, et a le même âge que Hindley. Elle assisteà l’arrivée de Heathcliff enfant dans le foyer, et d’emblée ne lui accordeaucune affection. Ces deux-là ne s’aimeront jamais, même si, plus tard,Heathcliff, devenu puissant, s’adresse toujours à la domestique sur un toncourtois, même quand il use avec elle du mode impératif. Elle n’a rien d’unerévoltée, et prend généralement le parti du maître de la maison, contreCatherine quand le patriarche Earnshaw règne, puis elle adopte le point de vuedes Linton quand Catherine épouse Edgar. Son récit, bien que témoignage, estforcément biaisé car souvent peu objectif.

Etelle aime à le dérouler devant Lockwood, ce récit ! Elle passe volontiersdes heures d’affilée assise auprès de lui à démêler les fils d’une intrigue souventbien compliquée. Elle y joue parfois un rôle, celui de la domestiquetravailleuse et honnête, pleine de bon sens et d’affection pour les enfants desmaîtres qu’elle sert. À cet égard, elle est l’opposé de Joseph qui est un hommefermé, méchant, au cœur sec. Elle s’identifie parfois tellement à la familledes maîtres qu’elle désigne la maisonnée par le pronom « nous »,plutôt que par « ils ». Ajoutons que Lockwood ne fait pas deremarques sur la façon dont elle s’exprime ; on peut en déduire qu’elleparle un anglais sans doute teinté d’accent du Yorkshire, mais relativementacadémique, ce qui la différencie encore de Joseph (cela dit, on imagine maltout un roman écrit dans le jargon utilisé par ledit Joseph ; le lecteurs’en serait sans doute lassé avant la dixième page. Cette transcriptionacadémique du discours de Nelly est donc un choix de l’auteure).

Unautre point la différencie des autres personnages : elle ose tenir tête àHeathcliff. Cela relève d’un certain courage, mais aussi du fait qu’ellen’oublie jamais qui il est : un enfant trouvé, qui ne devrait pas être lemaître mais un domestique, voire un homme de peine. Nelly sait que Heathcliffet elle appartiennent à la même classe sociale. Précisons enfin que, tout aulong du roman, Nelly travaille dur, et représente bien la condition difficile desdomestiques du début du XIXe siècle dans l’Angleterre rurale : levée avantl’aube, couchée avec le soleil, toujours active et jamais oisive, elle obéitsans discuter aux ordres donnés, même quand il s’agit de la faire déménagerd’une maison à l’autre. On ne demande pas l’avis d’une domestique. 

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