Pot-Bouille

par

Éléonore Josserand

Elle est l’épouse du pâle M. Josserand. Lecouple habite au quatrième étage. Cette femme « corpulente etsuperbe » a pour ambition de marier ses deux filles, Hortense et Berthe.Sa vie est une longue frustration : son mari n’est qu’un modeste employédont les revenus ne sont pas à la hauteur des ambitions sociales de MmeJosserand. Aussi le noie-t-elle sous un flot de récriminations et de reproches,l’assommant de phrases assassines qui ne laissent aucun répit au malheureux.

Elle aime à asséner des formules toutesfaites, en général liées à l’argent : « Quand j’avais vingt sous,j’ai toujours dit que j’en avais quarante ! » clame-t-elle. Elleoblige la famille à vivre avec un train bien au-dessus des moyens de M.Josserand, donnant en saison des réceptions hebdomadaires afin d’avoir lesentiment de graviter dans la même sphère sociale que les Duveyrier ou lesVabre. Elle peut se montrer d’une confondante mauvaise foi et ment parfois avecun aplomb désarmant, comme quand elle jure à son gendre Auguste que la dot desa fille Berthe est là, dans un tiroir, alors qu’elle sait pertinemment qu’elleest incapable d’en verser le premier sou. Enfin, elle a élevé ses filles dansle mépris et la haine de l’homme que l’on force à épouser puis qui n’est bonqu’à payer.

Zola la peint comme l’incarnation de la vanitébourgeoise, vue sous un angle qui la ridiculise. Elle est en effet dépeintecomme une sorte de gendarme femelle, toujours « sous les armes » etayant mené une véritable campagne militaire durant trois saisons afin de marierses filles, une campagne durant laquelle elle prenait « un air terribled’homme de guerre qui conduirait ses filles au massacre », pour en marierau moins une. Sans le ridicule qui rend le personnage comique, elle serait odieuse.Son obsession du mariage s’explique, cependant : si ses filles ne semarient pas, elles seront sans moyens de subsistance, et deviendront lesparentes pauvres de la famille, forcées de vivre aux crochets de tel ou telcousin éloigné. Elle partage avec Mme Bennet d’Orgueil et préjugés deJane Austen cette nécessaire obsession : sans mariage, ses filles serontdéclassées et peut-être même – horreur ! – forcées à travailler.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Éléonore Josserand >