Pot-Bouille

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Le mariage, institution bourgeoise

Le mariage est l’institution qui cimente la bourgeoisie du Second Empire. Zola en brosse un portrait au vitriol qui fait apparaître le mariage tel que le pratiquent et le vivent les locataires de l’immeuble de la rue de Choiseul comme un sommet d’hypocrisie.

Il y a d’abord des apparences : les Campardon, les Duveyrier, les Vabre, les Josserand, les Pichon, sont autant de couples apparemment sans problèmes. Les apparences sont sacro-saintes et bénies par l’abbé Mauduit, mystique à ses heures mais serviteur loyal de la bourgeoisie dont il est le pasteur. Pour préserver l’image sans tache de la société gâtée que peint Zola, l’abbé jette « le manteau de la religion sur cette bourgeoisie gâtée, en maître de cérémonie qui drapait le chancre, pour retarder la décomposition finale. » Ce qui est dissimulé ne saurait se voir, mais bien naïf celui qui se laisserait duper par cette image.

Le chancre est à peine masqué et apparaît bien vite : Campardon a deux ménages, deux épouses (dont une seule légitime, atteinte d’une mystérieuse maladie qui lui interdit toute vie sexuelle) qu’il finit par faire cohabiter sous le même toit. Le digne magistrat Duveyrier mène une vie de débauche auprès de sa maîtresse, tandis que sa femme le hait. Théophile Vabre est effaré devant les crises de nerf de la sienne – crises que Zola lie clairement à l’hystérie et à une frustration sexuelle – tandis que Mme Josserand accable et martyrise son mari. Quant aux Pichon, ils sont ternes au point d’en être transparents, et ne partagent ni projets ni plaisirs.

Une jeune fille doit se marier pour exister socialement. Elle part donc à la chasse, comme les filles Josserand, et on ne s’embarrasse pas de délicatesse ni de poésie : « on ne faisait pas la niaise, on permettait les enfantillages, sans en avoir l’air, si on voulait en pêcher un. » C’est ainsi que Berthe piège Auguste Vabre en le compromettant en public : « la jeune fille se trouvait trop compromise ; c’était un mariage conclu. » Alors les mères jettent dans les salons « des troupeaux de demoiselles à marier » et les lâchent au milieu des prédateurs méprisés, les hommes, qui ne sont bons qu’à épouser et payer.

Enfin, il y a le mariage de raison, comme celui de Mme Hédouin et d’Octave. C’est elle qui en a l’initiative, en femme de tête. Nulle passion ne viendra troubler cette union.

Et le mariage d’amour ? Il n’y en a pas. Il n’est jamais question d’amour dans Pot-Bouille.

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