Pot-Bouille

par

Octave Mouret

Octave est aperçu à plusieurs reprises dans les Rougon-Macquart, mais il est le protagoniste principal de deux volumes : Pot-Bouille et Au bonheur des dames qui le suit immédiatement.

Jeune homme né à Plassans (qui représente Aix-en-Provence dans l’œuvre de Zola) en 1840, il a aiguisé ses talents de « calicot », c’est-à-dire de commis dans le commerce des tissus, à Marseille, puis dans le Var. Il est monté à Paris, bien décidé à conquérir la capitale. Dans l’immeuble de la rue de Choiseul, sa position sociale est illustrée par l’étage où il loge : le quatrième, parmi les locataires les moins aisés, juste sous l’étage des domestiques.

Ses armes ? Il en a deux : d’abord, un réel talent de vendeur, allié à un esprit visionnaire qui lui ouvre les portes de l’avenir, abandonnant la vente en boutique d’autrefois pour lui préférer un commerce plus vaste, plus brillant, étourdissant l’acheteuse par la profusion et le clinquant. Mais avant tout, Octave est un séducteur, et c’est par les femmes qu’il entend réussir. Il use donc de son charme et veut conquérir Paris en séduisant les femmes comme un stratège enlève des forteresses.

Sa tactique va échouer. Loin de lui céder, les femmes qu’il va croiser le repousseront, comme Valérie Vabre, ou resteront de glace, comme Clotilde Duveyrier. Quant à son assaut contre Madame Hédouin, il échoue lamentablement. Dans les trois cas, Octave a fait fi de toute psychologie, comptant sur ses seuls atouts et se pensant irrésistible. Ses seules conquêtes seront Marie Pichon, passive amante qui lui cède avec indifférence, et Berthe Josserand qui, une fois mariée, va user et abuser des bontés d’Octave afin de se faire offrir parures et bijoux. Il possède Marie par désœuvrement, puis séduit Berthe car sa position sociale – elle a épousé le fils du propriétaire de l’immeuble – doit lui permettre de mettre la maison à sa merci. De plus, Berthe est pour Octave l’incarnation de la Parisienne, dont la supposée sophistication doit l’élever au dessus de son statut de simple séducteur provincial. Le premier pas de sa conquête ne se fera que lorsque Madame Hédouin devenue veuve décidera qu’il serait raisonnable qu’elle se remarie et que le meilleur parti disponible est Octave. C’est lui qui sera choisi, et non l’inverse.

Octave n’a qu’une ambition : réussir, ce qui signifie devenir riche en développant un commerce selon ses idées visionnaires. Le sens moral ne l’étouffe guère, puisqu’il n’hésite pas à prendre pour maîtresses Marie Pichon ou Berthe Josserand-Vabre, toutes deux mariées. Le charme de ses yeux « couleurs de vieil or » cachent sa brutalité : la concrétisation de ses conquêtes ne sont en rien des étreintes mutuellement consenties : ce sont des actes où la femme ne connaît nul plaisir et que l’on qualifierait aujourd’hui de viols : « Toi, tu vas y passer ! » pense-t-il avant de posséder Marie en la renversant « brutalement sur la table ». Il s’entend à merveille avec Trublot, dont la passion est de séduire les domestiques en les pinçant violemment – encore la brutalité. Sous des dehors séduisants, Octave est un homme qui peut se révéler nuisible, voire destructeur. Son ambition ne souffre pas la pitié : il est indifférent aux dégâts qu’il cause, que ce soit auprès des femmes ou de ses concurrents. « Mais alors, les Vabre sont coulés ! » s’exclame-t-il joyeusement quand Mme Hédouin accepte de le suivre dans ses projets d’expansion commerciale. Il incarne le capitalisme froid qui écrase sans scrupule car il ne sait que grandir, fût-ce au prix de destructions. La jouissance de sa victoire s’accompagne toujours de la souffrance de l’adversaire. Il faudra attendre les dernières pages du volume suivant, Au bonheur des dames, pour le voir dompté et vaincu par une de celles qu’il aura tant fait souffrir : une femme.

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