La Cafetière et autres contes

par

L’amour sous toutes ses formes

L’amourest un thème récurrent dans les œuvres de Théophile Gautier. Il est présent dansde nombreux contes fantastiques dont LaCafetière, Avatar ou Arria Marcella. Mais l’auteur met enscène des amours différentes qui prennent l’apparence de la passion, de ladévotion pure ou encore de l’amour tragique.

La Cafetière est loin derépondre aux critères habituels du romantisme, mais cette nouvelle s’inspiretoutefois des thèmes du genre, de par le caractère mélancolique du personnageprincipal et l’incapacité qu’il montre à réaliser son destin. Sa quêtes’incarne en la personne d’Angéla, une jeune femme parfaite aussi bienphysiquement que moralement. Théodore lie conversation avec elle avec aisanceet regrette presque son désir de danser, trop heureux qu’il est de pouvoirdiscuter de manière si satisfaisante, « commesi je l’eusse connue depuis vingt ans. » La jeune femme, elle, connaîtle nom de Théodore alors qu’il ne le lui a jamais dit. Il semblait donc existerun lien réciproque préalable entre ces deux-là, perceptible autant par l’un quepar l’autre, comme s’ils s’étaient toujours connus ou attendaient simplement dese retrouver. On peut également supposer que si Angéla n’était pas morte deuxans plus tôt, elle aurait peut-être rencontré un jour Théodore, et qu’uneidylle aurait pu partir de là.

« Jamais, même en rêve, rien d’aussi parfait nes’était présenté à mes yeux ; une peau d’une blancheur éblouissante, descheveux d’un blond cendré, de longs cils et des prunelles bleues, si claires etsi transparentes, que je voyais son âme à travers aussi distinctement qu’un caillouau fond d’un ruisseau. »

Cetteentrevue fantomatique à la faveur de la nuit semble donc mettre en relief toutce que Théodore n’a jamais pu avoir, et n’aura jamais. C’est là la conclusionde la nouvelle : il décrète, en apprenant la mort d‘Angéla deux ans plustôt, que jamais plus il ne découvrirait de bonheur sur terre. Lorsque l’hôtelui apprend qu’il s’agissait de sa sœur, le narrateur lui demande si elle esttoujours vivante « comme si [s]a vie eûtdépendu de [l]a réponse. »

Unedimension romantique est également présente dans l’œuvre Arria Marcella où l’un des personnages se retrouve dans la ville dePompéi au moment où elle brillait encore de toute sa gloire, et où il rencontreArria Marcella dont il tombe amoureux. Ils ont tous deux conscience qu’ellen’est plus de ce monde, mais cela rend leur idylle encore plus puissante. AinsiArria dira à Octavien : « Ton désirm’a ramené à la vie », et « on est réellement morte que quand onn’est plus aimée ».

Dans leconte Avatar, Octave de Séville, lepersonnage principal, se meurt d’un mal inconnu que nul médecin n’a su déceler– en réalité d’un amour pour la comtesse Prascovie Labinska, femme d’un autre auquelelle se veut fidèle. Tout espoir semble perdu pour ce jeune homme jusqu’aumoment où le docteur Balthazar Cherbonneau lui propose de prendre possession ducorps du comte pour gagner l’amour de sa femme. Ici c’est à travers les peinesd’amour que l’auteur montre la puissance dévastatrice de sentiments trop forts.En effet, Octave perd la santé du fait de ses sentiments malheureux et n’hésitepas à s’emparer du corps d’un autre, faisant fi de tout sens moral, pour gagnerle cœur de celle qu’il désire. L’amour apparaît ici non comme une puissance quiréanime les morts, mais comme un fardeau dévastateur pour ceux qui l’entretiennentainsi que pour d’autres.

« Que voulez-vous dire, docteur ? s’écriaOctave ; je n’ose sonder l’effrayante profondeur de votre pensée.

– Je veux dire, répondit tranquillement M. BalthazarCherbonneau, que je n’ai pas oublié la formule magique de mon ami Brahma-Logum,et que la comtesse Prascovie serait bien fine si elle reconnaissait l’âmed’Octave de Saville dans le corps d’Olaf Labinski. » 

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