La Cafetière et autres contes

par

Les séduisants attraits de la perdition

Deux autresthèmes qui sont grandement développés dans les contes de Théophile Gautier sontla tentation et la perdition, à tel point que le personnage du Diable estintroduit dans l’un des contes, à savoir Deuxacteurs pour un rôle. Dans cette pièce, le personnage principal, un comédienviennois, joue le rôle d’un démon dans une pièce de théâtre, et il le joue avectant d’habileté qu’il remporte un succès grandiose partout où il se produit. L’auteurétablit là un parallèle entre le rôle de démon et le succès d’Henrich. Ilmontre qu’il est aisé de parvenir à la gloire lorsqu’on se pare de la tenue dudémon, mais on ne saurait mieux incarner un démon que le Diable lui-même, etainsi, le comédien Henrich se voit ravir sa gloire et son succès par le Diableen personne venu jouer sur scène. Ainsi, nous ne pouvons espérer éternellementprofiter des gloires du mal sans en payer le prix.

« Henrich venait de reconnaître l’ange des ténèbreset il se sentit perdu ; portant machinalement la main à la petite croix deKaty, qui ne le quittait jamais, il essaya d’appeler au secours et de murmurersa formule d’exorcisme ; mais la terreur lui serrait trop violemment lagorge : il ne put pousser qu’un faible râle. Le diable appuya ses mainsgriffues sur les épaules d’Henrich et le fit plonger de force dans le plancher ;puis entra en scène, sa réplique étant venue, comme un comédien consommé. »

Mais lestentations auxquelles Gautier fait allusion dans ses contes sont parfois plussubtiles, comme dans La Morte amoureuse oùun vieil homme d’Église du nom de Romuald est séduit par la vampire Clarimonde.Romuald mène deux vies bien différentes : dans l’une il est un vieuxreligieux tandis que dans l’autre il est un jeune seigneur amant de Clarimonde.La confusion est telle dans son esprit qu’il ignore de l’une ou de l’autrelaquelle est sa véritable identité.

« Romuald, mon ami, il se passe quelque chosed’extraordinaire en vous, me dit Sérapion au bout de quelques minutes desilence ; votre conduite est vraiment inexplicable ! Vous, si pieux,si calme et si doux, vous vous agitez dans votre cellule comme une bête fauve.Prenez garde, mon frère, et n’écoutez pas les suggestions du diable ;l’esprit malin, irrité de ce que vous vous êtes à tout jamais consacré auSeigneur, rôde autour de vous comme un loup ravissant et fait un dernier effortpour vous attirer à lui. »

En effet,Romuald finit par découvrir que Clarimonde se nourrit de son sang. Ainsi, ce nesont pas simplement les hommes vains et imbus de leur personne qui doiventlutter contre la tentation, mais tous les hommes, y compris ceux qui paraissent,de par la nature de leur vocation, en être épargnés.

D’autresexemples de l’attrait dangereux qu’ont les éléments pernicieux sur la vie deshommes peuvent être trouvés dans La Piped’opium et Le Club des Hachichins.Dans ces deux histoires, le personnage-narrateur partage avec le lecteur l’expériencequ’il fait de substances hallucinogènes. D’abord dans La Pipe d’opium il fume la substance éponyme du titre et seretrouve dans un rêve où il rencontre une femme du nom de Carlotta. Ils separlent et se comprennent avec une transparence réciproque. Mais lorsqu’il seréveille, il réalise que tout n’était que chimère : « C’est ainsi que finit mon rêved’opium, qui ne me laissa d’autre trace qu’une vague mélancolie, suiteordinaire de ces sortes d’hallucinations. » Dans Le Club des Hachichins, ce n’est plus de l’opium mais du haschischque consomme le narrateur. Il fait alors part des visions merveilleuses qui seprésentent à lui, mais aussi de l’affreux cauchemar final qui vient letroubler.

Onuphriusde son côté à cause de ses lectures sur la magie noire perd l’esprit. La leçonici est que les gloires et les joies que procurent des artifices semblables nesont que des chimères dont nous ne conservons rien une fois le rêve passé.

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