La Cafetière et autres contes

par

L’exclusion sociale et les superstitions

L’exclusionsociale est mise en avant dans la nouvelle Jettatura.Paul et d’Alicia s’apprêtent à se marier ; toutefois, lorsque Paul se renddans le pays de sa promise pour faire la rencontre de ses parents, il rencontreune opposition radicale dont il ignore les causes. Ici l’auteur présente sonpersonnage comme la victime de toutes les formes d’exclusion sociale quellesqu’elles soient : racisme, xénophobie, ethnocentrisme, radicalismereligieux, etc. Lorsqu’il marche dans la rue, les gens l’évitent et il neparvient pas à comprendre la raison du mauvais traitement qui lui est réservé.Et pour toute explication : le mot « jettatore ». En effet, onlui reproche d’être un « jettatore », un homme doté de pouvoirssurnaturels qui répand autour de lui le malheur et la tristesse. Les gens quile croisent se signent pour s’en préserver et se tiennent aussi éloignés quepossible de lui.

L’auteurdénonce là les préjugés et les superstitions les plus stupides, qui naissentdes esprits peu éclairés et engendrent des craintes infondées même chez desesprits brillants parfois. Des superstitions qui, malgré leur caractère stupideet risible, engendrent les haines, les craintes et les souffrances les pluseffroyables contre et chez ceux qui en sont les victimes. C’est dans un livreque Paul finira par trouver la raison des reproches qui lui sont faits. On nelui reproche pas d’être un étranger ou d’une autre religion, le crime dont ilse rend coupable et qui le frappe d’ostracisme c’est d’être lui-même. Il n’aaucun contrôle sur la « jettatura » qui est un fait involontaire,mais on l’en tient tout de même pour responsable.

« Quoique sa raison se révoltât contre une pareilleappréciation, il ne pouvait s’empêcher de reconnaître qu’il présentait tous lesindices dénonciateurs de la jettatura. L’esprit humain, même le plus éclairé,garde toujours un coin sombre, où s’accroupissent les hideuses chimères de lacrédulité, où s’accrochent les chauves-souris de la superstition. »

Maismalgré la condition dont il se sait maintenant affligé, Paul reste amoureuxd’Alicia et elle de lui. Toutefois, ses pouvoirs finissent par nuire à la jeunefemme et bientôt il est fait interdiction aux deux amoureux de se revoir. MaisPaul insistera et ira jusqu’à se battre en duel contre l’un de ceux quil’accusent d’être le coupable du mal d’Alicia. Il tuera donc un homme et finirapar sacrifier sa vue pour préserver celle qu’il aime de son funeste regard.

« Maintenant, dit Paul, noble et charmante créature,je pourrai devenir ton mari sans être un assassin. Tu ne dépériras plushéroïquement sous mon regard funeste : tu reprendras ta belle santé[…]. »

Une foisde plus, l’auteur démontre qu’il ne suffit pas pour vaincre les superstitionset l’exclusion de vaincre ceux qui la propagent. Il ne suffit pas de sesacrifier au nom de cette superstition pour lui ôter son pouvoir. Car, malgréle sacrifice de Paul et la mort du comte d’Altavilla, la jeune Alicia ne seremet pas de son mal et finit par en mourir. Ainsi aux yeux de ThéophileGautier, les superstitions et l’exclusion sont des fléaux bien réels qui fontparfois plus de victimes que d’autres maux moins imaginaires.

Lasuperstition est également présente dans le conte Le Chevalier double où un enfant naît sous l’influence de deuxétoiles différentes – l’une qui présage un avenir radieux et l’autre une viemalheureuse. Dans ce cas, le personnage est déchiré entre deux personnalitésbien contraires qui font dire à la femme qu’il aime qu’il est, à lui seul, deuxhommes. Il finira par rencontrer son double et engagera avec ce dernier unelutte sans merci. Mais ce n’est ni sa force, ni sa bravoure qui le fonttriompher de ses mauvais penchants, c’est le fait de réaliser que ce mauvaispenchant qu’on attribue à une étoile vient de lui, et que les combattre revientà se combattre lui-même. L’auteur semble alors vouloir dire qu’on ne peut êtreen paix avec les autres que lorsqu’on est en paix avec soi-même ; et qu’onne peut faire la paix avec soi-même qu’en reconnaissant toutes les parties denotre personne, même les moins glorieuses.

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