La Cafetière et autres contes

par

L’attrait pour les temps anciens

Le passé est toujours présent dans les contes de Gautier et parfois, grâce à la dimension fantastique de ses récits, le passé interagit avec le présent. Il est parfois mis en scène dans une discussion pleine de sens avec des habitants du passé, comme c’est le cas dans Le Pied de momie. Mais souvent, ce passé prend l’apparence d’une femme qui franchit les barrières du temps pour trouver l’amour dans le présent. Cette trame narrative est celle d’Arria Marcella et d’Omphale, dont les personnages éponymes sont des créatures issues du passé qui surgissent dans le présent par le prisme de l’amour d’un jeune homme. Mais cet amour est une métaphore employée pour montrer l’emprise du passé sur le présent. On peut comprendre l’attrait que présente le passé : on dit communément qu’il est impératif pour les humains de savoir d’où ils viennent et de connaître leur histoire, mais l’influence qu’exerce le passé dans ces deux œuvres n’est pas forcément bénéfique.

Ainsi dans Omphale le jeune narrateur devient l’amant de la douce Omphale qui ne sort de son tableau qu’à la nuit tombée. Ces nuits pleines de joie et de tendresse font place à des jours mornes où il languit dans l’attente du soir. Ainsi la relation du personnage avec le passé est telle qu’elle entrave le développement de son présent et partant, de son futur.

« Je fus toute la journée d’une distraction sans pareille ; j’attendais le soir avec inquiétude et impatience tout ensemble. Je me retirai de bonne heure, décidé à voir comment tout cela finirait. »

Dans Arria Marcella, le personnage d’Octavien se voit mener hors de son temps. Ici l’emprise du passé sur le présent est nettement plus forte que dans le cas précédent, et cette influence est d’autant plus tragique que le jeune Octavien se plaît dans ce temps qui n’est pas le sien et dont la jouissance le prive de sa véritable existence.

« Arria, Arria, dit le personnage austère d’un ton de reproche, le temps de ta vie n’a-t-il pas suffi à tes déportements, et faut-il que tes infâmes amours empiètent sur les siècles qui ne t’appartiennent pas ? Laisse aller cet homme enchaîné par tes impures séductions ; ne l’attire plus hors du cercle de sa vie que Dieu a mesurée […]. »

Ainsi, le passé présente un danger pour celui qui va à sa rencontre et rentre dans son domaine, au lieu de l’observer et de l’admirer comme on admirerait un tableau ou une statue. Le passé est donc un élément de la vie des hommes qu’ils devraient reconnaître sans jamais le laisser les posséder, de peur de vivre dans le passé une existence qui devrait être conduite dans le présent.

« Au fond, peut-être vaut-il mieux que cela se soit passé ainsi et que j’aie gardé intact ce délicieux souvenir. On dit qu’il ne faut pas revenir sur ses premières amours ni aller voir la rose qu’on a admirée la veille. »

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