Bouvard et Pécuchet

par

Gorgu

C’est un personnage protéiforme qui auraitsans doute été encore développé dans la suite du roman, si l’on en croit leplan tracé par Flaubert. Il change d’aspect et d’occupation plusieurs fois dansle roman, et de façon assez radicale.

Quand le lecteur et Bouvard et Pécuchet, fontsa connaissance, c’est un hirsute vagabond, auquel les deux bonshommes donnentun verre de vin, au grand scandale de leurs invités bien-pensants, les notablesdu village. « Il était maigre et hâlé, avec un pantalon rouge en lambeauxet une veste bleue sans chemise, la barbe noire taillée en brosse ».Quelques mois et pages plus loin, il a changé : « Il semblait dix ansplus jeune, portait les cheveux en accroche-cœur, la moustache bien cirée, etdandinait sa taille de façon parisienne. » Il est beaucoup plus redoutablesous cet habit convenable, puisque c’est le moment où il abuse de la naïveconfiance de Bouvard et Pécuchet en leur faisant croire qu’il répare un buffetdes semaines durant (il est effectivement ébéniste de profession). C’est làqu’il parvient à installer Mélie, sa maîtresse, comme domestique chez les deuxbonshommes.

Puis il prend la tête des ouvriers lors desévénements de 1848 et pendant les soubresauts qui agitent la jeune et éphémèreRépublique. Il a alors l’image de l’agitateur prompt à interpeller lebourgeois. Cela lui vaut, quand les réactionnaires prennent le dessus, d’êtreemprisonné quelque temps. Bouvard et Pécuchet, honnêtes hommes, sont les seulsà prendre sa défense, certes mollement mais effectivement.

Quelques mois plus tard, Gorgu réapparaît,rasé, bien vêtu, parmi les fidèles dans la foule à l’église. Il est introduitauprès du comte et de la comtesse de Faverges grâce à M. de Mahurot,l’ingénieur qui doit épouser Mlle de Faverges. Là encore, il utilise sestalents d’ébéniste pour se faire bien voir.

Que serait devenu Gorgu dans la suite duroman ? Dans la succincte description de la conférence donnée par Bouvardet Pécuchet, « Gorgu, voyant que l’autorité et l’opinion publique sontcontre eux a voulu en profiter et escorte Foureau. » Cette indication sembleconfirmer le trait de caractère dominant chez Gorgu : se trouver toujoursdu côté de celui qui mène la danse. Son expérience de vagabond rejeté de tousl’a vacciné contre la misère, et il est résolu à ne plus tomber dans son enfer.Alors il est républicain en 1848, il flatte la réaction à la veille du coup d’Étatdu 2 décembre 1851, et sera sans doute bonapartiste sous le Second Empire. Ilserait alors le type du personnage opportuniste dont les intérêts sont toujoursceux de l’homme fort du moment. 

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