Nouvelles Orientales

par

De la mort

Le thème de la mort est très présentdans certains contes des Nouvellesorientales. C’est le cas de La VeuveAphrodissia et de La Fin de MarkoKraliévitch.

Dans La Fin de Marko Kraliévitch, la mort s’invite à un banquet sousl’apparence d’un personnage banal. Le héros Marko, à la stature imposante, à laforce redoutée, au charisme formidable et aux nombreuses victoires, semblereprésenter la cime des achèvements humains. Il est courageux, fort, impétueux,aimé des siens, respecté de ses semblables et redouté par ses ennemis. Le conteLa Fin de Marko donne un aperçu assezimpressionnant de sa force phénoménale. Somme toute, le personnage semble plustenir des forces de la nature que de celles coutumières aux hommes. C’est pourquoila mort du héros serbe tient de l’extraordinaire. Lorsque le guerrier serbecombat un petit vieux d’une banalité frappante, toutes ses attaques s’avèrent vaineset au bout d’une longue lutte, sans que le vieillard n’ait à faire le moindregeste, il tombe ensanglanté et vaincu.

« Il resta là sans rien dire ni faire. Marko se jeta sur lui à brasraccourcis. Mais on aurait dit que ses coups n’atteignaient pas l’homme, etpourtant, les poings de Marko étaient en sang… il s’essoufflait. Tout à coup,il trébucha et tomba comme une masse. Je te jure que le vieux n’avait pasbougé. »

On est tenté de reconnaître dans lapersonne du petit vieux une représentation du spectre de la mort. En effet, lafutilité du combat, le fait que Marko interdit à ses proches de lui venir enaide, et le manque d’animosité du vieil homme donnent à ce personnageénigmatique le caractère inexorable, personnel et neutre de la mort elle-même.Ainsi les mots qu’il prononce à Marko lorsque ce dernier s’apprête à expirersemblent s’adresser au lecteur et lui faire prendre conscience que la mort estinévitable pour tous : « Ne temets pas à faire tes comptes, dit le vieux. C’est toujours trop tôt ou troptard, et ça ne sert à rien. »

Dans La Veuve Aphrodissia, on ne retrouve pas la mort, omniprésente,simplement sous une forme allégorique, mais c’est d’une mort bien réelle etparticulièrement présente qu’il est question ici. Ainsi, lorsque Kostis leRouge et ses suiveurs sont tués pour les crimes dont ils se sont renduscoupables, la veuve Aphrodissia est abattue. En effet, cette femme qui auraitdû se sentir vengée par la mort de cet homme qui avait tué son défunt mari estaccablée de chagrin car elle aimait l’assassin, et était aimée de lui. C’est enprésence de sa dépouille mutilée qu’elle fait son deuil et tente de luiapporter autant qu’elle le peut le réconfort d’une bonne sépulture. Ici lethème de la mort renvoie à l’idée de deuil. Ce conte montre assez clairementque la mort est moins pénible à supporter pour ceux qui la subissent que pourceux qui y survivent.

« Ses lamentations, contenues depuis l’origine de son malheur,éclatèrent en sanglots véhéments comme ceux des pleureuses de funérailles, etles coudes aux genoux, les mains appuyées contre ses joues humides, elle laissait couler ses larmes sur le visage du mort. »

         Lamort devient alors un supplice pour les vivants qui découvrent avec amertume lechagrin d’être privé de l’amour de ceux partis à jamais. Cet aspect de la mortest bien mis en évidence par les deux deuils de la veuve Aphrodissia. Le deuilqu’elle fait pour son vieux mari pour lequel elle n’a que peu d’affection n’esten rien comparable à la peine qui la torture lorsqu’elle pleure Kostis. Lechagrin de la veuve la poussera d’ailleurs à rechercher elle-même la mortplutôt que de faire face « au longchâtiment d’être un jour une vieille femme qui n’est plus aimée ».

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